La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LE MOUVEMENT SOCIALISTE EN SUISSE 459 généraux suisses; les petites et infimes questions de politique cantonale restent placées au premier rang, absorbent au plus haut degré l'attention publique, voilant ainsi l'horizon et barrant la voie aux points de vue plus élevés et aux conceptions larges. Cette situation exerce éo-alement son influence sur le mouvement prolétarien dans 0 . ce sens, qu'il faut des efforts considérables pour rallier les différents groupes et les fédérations cantonales à une organisation ouvrière embrassant toute la Suisse et dirigée par une pensée unique. C'est ainsi que la différence de nos trois langues nationales produit aussi les mêmes effets. 3° Finalement la constitution démocratique des cantons et de la Confédération est de la plus haute importance pour le mouyement prolétarien. Il est vrai que les cantons, pris isolément, représentent des étapes trés différentes du développement démocratique; cependant la plus grande partie d'entre eux possèdent le droit d'initiative en matière de législation, le référendum sous une forme quelconque, la nomination par le peuple, non seulement des corps législatifs, mais aussi des .titulaires aux postes les plus importants de l'administration et de la juridiction. Il est impossible de caractériser en un seul mot l'influence qu'exercent les droits populaires démocratiques sur le mouvement ouvrier. D'un côté, il est incontestable qu'ils constituent une annce importante; il est facile de fournir la preuve que la participation du peuple à la législation donne à celle-ci une direction déterminée, et cela dans le sens qu'elle tient compte à un degré beaucoup plus éleYé des besoins du peupl<F Des institutions telles que la gratuité du matériel scolaire, la grafuitc de l'enseignement non seulement dans les écoles populaires, mais aussi en partie dans les établissements d'instruction supérieure, la gratuité des inhumations, etc., forment un ensemble de concessions qui n'auraient pas été obtenues sans la pression d'un parti démocratique. Et celui qui n'accorde pas d'importance à ces institutions en elles-mêmes devra cependant admettre que la participation politique du peuple, rendue possible par nos institutions démocratiques, sert énormément à secouer les masses, à •tes éduquer politiquement et à réYeiller en elles le besoin d'orgal)isation. Considérée à ce point de vue, la démocratie a incontestablement créé des conditions favorables au développement du mouvement démocratique-S\)Cialiste. Mais considérée à un autre point de vue, la démocratie rend difficile la conception parfaitement claire du procès historique et la position que le prolétariat doit prendre en présence de ce procès ; au li.eu d'accentuer le sentiment de la lutte des classes, elle le paralyse et le diminue ; elle masque les contradictions sociales au lieu de les écarter. Très souvent lé prolétaire dominé par· ses intérêts de classe se rencontrera sur la même route avec le ~ourgeoi_s

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==