La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LES DEUXENFANTS 457 PHILIPPE, rejoig,wnt }.,,J_mc de Gauge. - Qu'est-ce qu'il y a? MmeDE GAUGE.- Philippe, ayez bon espoir. Le ministre de la justice, a qui j'ai parlé de vous, m'a promis votre grâce. Bientôt, vous serez libre. PHILIPr,E. - Est-ce qu'vous m'prencz pour un pant'c? J'avalerai ma fourchette la-bas, comme un pauv'zig. MmeDE GAUGE.- Philippe, pardonnez-moi ... c'est moi qui Yous ai fait arrêter, quand vous étiez encore un enfant! PHILIPPE. - Oui, j'm'en souviens bien. Ça m'noic dans le passé. Ça m'iait parler comme autrefois. ]'suis venu chez vous comme un bon p'tit gosse vous d'mander d'l'argent pour bonne maman Breuil, la pauv' chérie ! qui était malade. Et parce que j'vous ai pris c't argent pour elle, on m'a battu et enfermé dans une prison. Ah ! j'l'aimais bien, maman Breuil! et j'aimais bien maman Marthe aussi! J'me ferais encore hacher pour elles deux. Mais vous ... Mme DE GAUGE, sa11glotm1t. - Philippe! Vous me déchirez le cœur ! PHILIPPE, s'a11imaut.' - C'est vous qui a,,ez fait mourir maman Breuil de chagrin. ]'vous hais ! MmeDE GAUGE.----'-Si vous saviez ! PHILIPPE. - D'ailleurs, j'me suis assez r'vengé ! Vous pouvez me haïr aussi ! Mme DE GAUGE.- Philippe ! mon enfant! je vous aime ! PHILIPPE. - Votre enfant ! En v'la une dab ! Se tournant Yers les condamnés et criant : Dites donc, les aminches ! R'luqu_cz donc c'tc gonzesse qui m'fait des mamours ! M"'• de Gauge tombe :i genoux, les mains jointes et b tete courbée. Soupé d'ta fiole! C'est à c·ause d'ta vieille peau, charogne, qu'j'vas au dur! L'inspecteur et le gardien-chef accourent. u~ GARDIEN, poussa11Pt !Jilippeà coupsde poing et à coups de pied vers une voiture. - Veux-tu monter et te taire, saloperie ! Mme DE GAUGE, essayantde se relever et cria11dt e toutessesforces. -· Ah ! ne le frappez pas ! scélérats ! c'est infâme ! La voiture s'ébranle et disparait. L'I~SPECTEUR.- Madame, je vous en prie, relevez-vous ! Les assistants la regardent avec stupéfaction. Mme DE GAUGE, d'u11evoix sourde. - Non ... je ne veux pas ... A genoux ... toujours a genoux ... jusqu'à cc que je meure ... HENRI BRISSAC.

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