La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA \"IE SOCIALE, LA MORALE ET LE PROGRÈS 439 « Ce qui domine, dit-il, l'éYolution d'une société, c'est son mode et « son degré d'organisation, c'est la structure et la correspondance de « ses organes, c'est-à-dire sa solidarisation ». Le jeu spontané des énergies et des actiYités entraine leur mutuelle coordination et solidarisation. Cette solidarisation tend à se fixer par un procédé analogue à celui de l'organisation qui fixe les acquisitions et adaptations chez les êtres YiYants : c'est cc que l'auteur appelle la loi <le socialisation. cc La socialisation n'est pas autre chose que la solidarisation organisée, représentée et assurée par la structure sociale, comme l'organisation biologique n'est que la soli<larisation fonctionriclle assurée par la structure anatomique. Solidarisation et socialisation sont les deux termes qui expriment la loi fondamentale de toute société. Plus une société se <léYeloppe, plus se multiplient les déterminations, et, par conséquent, les adaptations mutuelles, les solidarisations que nous appelons relations sociales, faits de sensibilité, faits moraux, actions et réactions économiques, luttes et concessions, conquêtes et pertes, contrats et coutumes, lois et réglcmcnts, droits et devoirs, aycc une tendance générnlc, constante, nécessaire, à une équilibration de pius en plus adéquate, c'est-à-dire à une correspondance de plus en plus justement adaptée, :\ un niYcllcmcnt de plus en plus égalitaire, à une répartition et redistribution de plus en plus compensatrice des forces et des actions <lucôté de la production et de la consommation comme l'indique, le demande et l'obtiendra le grand mouYcmcnt <l'éyolution sociale auquel nous assistons sous le nom de socialisme. » Qu'il s'agisse des forces physiques, des actions chimiques, des fonctions de la Yie ou du jeu <les facteurs sociaux, toujours nous rctrouYons la même tendance à l'équilibre entre les énergies en lutte d'où nait une solidarisation qui unifie, qui indiYidualisc les composantes en résultantes que nous appelons phénomènes, corps, êtres, sociétés. Autrement dit, la solidarité est la condition d'existence de tout ce qui est, puisque en-deçà et au-deli de la solidarisation des parties composantes, le composé se décompose, l'unité se multiplie. Le concept de solidarité, appliqué au monde physique, au monde biologique et psychologique, et au monde social, se présente donc i nous comme le résultat le plus ultime et plus général de toutes les connaissances. Telle est 1~ conclusion des précédents traYaux du docteur Pioger, et aussi du présent ouuage qui, poussant jusqu'à une grande profondeur l'analyse des conditions les plus genérales de l'organisation des sociétés, nous a fourni de nouYelles raisons pour être socialiste, en nous faisant mieux comprendre le socialisme. A. DELON.

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