THÉATRE 225 injustice. Il fait YCnir la jeune fille, Micheline, et lui donne, avec le titre de sœur, la moitié de ses propres biens. Tous deux ont justement imposé à leur existence le même but: Yivre pour le bien de tous. Ils travailleront en commun a cette noble tkhc. En cc moment même, une crise sur les cotons oblige les industriels.\ cesser le traYail. Il faudrait fermer l'usine; mais que deYiendraicnt les ou,-riers? Et malgré les i1wecti\·es de Roussclot, un confrérc égoïste et méprisant, Gilbert suit 'les conseils de sa sœur et son usine ne chôme point. Quatre ans se sont passés. Gilbert est là, affaissé dans son cabinet de tra\'ail. DeYant lui, un Yicux contre-maitre, Hardouin, récrimine, se ré\'oltc. Quoi, on cesse le traYail maintenant ? Pourquoi a\·oir attendu si longtemps pour en arriYer là. Que vont dcYcnir ses camarades et lui-même sans un sou, sans crédit. Gilbert, toujours immobile, la tête basse, ne répond rien. Et l'homme s'emporte, frappe du pied, du poing; il a supplié, il devient menaçant. Qu'importe au riche la douleur du pam-re ! S'il n'y a plus entre eux de possible que la guerre au couteau, malheur !... Gilbert tend un papier sur lequel Hardouin lit: Déclaration de faillite. Il comprend enfin, et, sombre, murmure entre ses dents: « Que c'est donc malaisé de YiHe ! Ah! YoyczYous, patron, la terre est trop Yieillc, la bougresse n'a plus de lait! ... » La faillite Yient d'ètre déclarée, et nous assistons à une réunion des créanciers. Micheline Yient les implorer, offrir tout cc qu'elle possède, ils ne la regardent mème point, préoccupés qu'ils sont de prouver Gilbert coupable de banqueroute frauduleuse: la donation qu'il a faite à· sa pn'.:tenduc sœur n'est qu'un détournement d'actif. C'en est trop, Lemonnier, ~n moment seul, \'Cut en finir et saisit un rc\'oh·er; Micheline survient à temps pour arrêter son bras en lui criant: « Et moi! » Au quatrième acte, l'action s'élargjt, sort du domaine de la réalité. Micheline a rachctè l'usine. Elle en fait don aux ouHiers aYcc mission de réhabiliter son frère et, en leur donnant le pain et le Yin leur dit leurs deYoirs et leurs droits. Le ton de la pi6ce s'éléYe alors, devient imagé, enflammé comme celui d'une prophetie. « Vous ayez faim et Yous ayez soif, dit Micheline, il faut que vous soyez rassasies, il faut que vous soyez désaltèn'.:s. )) Et la foule des ouvriers répond comme le chœm: des tragédies antiques. - « Une idée court à travers les siécles, » redit la jeune femme. Et comme un écho, tous répètent cette phrase, d'i~stant en instant, pendant la sccne finale, une prière passionnée, un hy1:nne admirable à la Justice, un appel angoisse au jour de la rénoyation sociale. « Jour attendu. Jour sacré! )) C'est cette tn'.:s belle scène qui est, à proprement parler, la Pâque Socialiste, c'est elle que le dessinateur Steinlen, annt d'être en butte aux tracasseries gotJYernemcntales, a reproduite dans les programmes avec le talent qu'on lui sait.
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