La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

222 LA REYUE SOCIALISTE co,wersation, ils s'apparaîtront l'un à l'autre comme les deux aspects complémentaires d'un même ordre social. (Appla11disse111e11ts répétés). L'orateur reçoit les félicitations d'un grand nombre de ses collègues. Aprés ce magnifique discours, l'amendement Jaures n'a été repoussé qu'avec 6 Yoix de majorité. Dans cette majorité, il faut compter 7 ministres, qui ont Yoté pour eux-mêmes. Ça a donc été un échec moral et presque un désastre matériel pour le présomptueux ministère Dupuy. Nos lecteurs connaissent le honteux petit tripotage auquel nos députes se sont liYrés, aprcs la proclamation du résultat. Sûrs du maintien du ministère qui leur est cher, beaucoup d'entre eux ont modifié leur Yote primitif et avoue par là même qu'ils rougissaient de rester dans la promiscuité de tous les panamistcs authentiques, les plus fidèles soutiens du projet de loi. Et Yoilà comment la primitiYc majorité ministérielle de 42 voix est tombée à 6 Yoix... , à supposer qu'il y ait eu même 6 voix. La discussion a continué dans la séance du 2 3 juillet, après une Yigourcucc protestation de MM. Jaurès et Millerand au sujet des falsifications qui ont modifié les chiffres du scrutin. Malgré un amendement trcs raisonnable de M. de Ramel et diverses déclarations de MM. Doumer, Naquct, le principe de la limitation de la mise en pratique de la loi à une durée déterminée a été repoussée à une majorité de 50 Yoix. Dans la séance du soir, tous les amendements ont été rejetés, et malgré les protestations éloquentes de MM. Pellctan, Marct, Paschal Grousset, l'ensemble du projet a ète adopté par 268 voix contre 163. Comme l'a j~1stement fait remarquer Jaures, la loi n'a pour elle que la minorité de la Chambre. Ainsi finit cette grave discussion, dans laquelle le groupe socialiste de la Chambre a bien mérité de la dcmocratie. Il a fait des efforts surhumains pour épargner à la France la honte de cette chute dans l'absurde et dans l'arbitraire. C'est une Yictoirc matérielle bien médiocre pour les opportunistes et les revenants du Panama; mais c'est une victoire morale pour le socialisme, qui sort de cette épreuve grandi et fortifié. Comme Millerand et Jaures, avec un sens politique supérieur, l'ont habilement souligné pour le pays attentif, le Yotc de cette loi, c'est la revanche des fripons, le triomphe des corrompus, qui, cause première des fureurs anarchistes, veulent bien laisser libre celui qui prônera, nous ne savons quels placements véreux, mais se réjouissent par avance de l'ctouffcmcnt des voix indépendantes, pouvant sortir du cœur du pays indigné. Portée dcYant le Sénat, la loi a été votéè en un jour. Admirable promptitude, que le Sénat oublie volontiers quand il s'agit de donner

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