LA REVUE SOCIALISTE C'est en effet une gloire pure que celle de Victor Considérant ; une de ces gloires qui n'ont coùté aucune larme, aucun regret à personne: contre lesquelles nulle haine n'osa jamais s'élever, nulle envie ne pensa à se dresser, et qui ne laissent au bout de la carrière noblement parcourue, qu'une longue trainée de doux, d'affectueux et de consolants souvenirs. Vous ne vous attendez pas à me voir faire un tableau complet de cette existence si longue, si remplie par tant de travaux aux jours de sa force, si agitée en d'autres temps par tant d'épreuves si stoïquement soutenues. A cet égard, notre Ecole n'a pas attendu la suprême heure, pour buriner son hommage, dans un livre qui est en ce moment sous presse, qui vivra autant que l'Ecole elle-même, dont il est le fidèle, l'éloquent et l'irréprochable historique. Là, après la p3rt immense faite à l'homm~ transcendant qui a résolu scientifiquement le grand problème de la Destinée humaine, d'autres pages sont consacrées à celui qui fut son grand disciple actif, et, en fait, le premier et puissant agent de sa propagande. Fourier, créateur de la science sociale, n'avait pu fonder l'Ecole qui devait en être la dépositaire et la transmettre à l'avenir. De 1808 à 1832. malgré des efforts inouïs de persévérance, de patience d'abnégation, ses œuvres immortelles n'avaient éclairé que deux nobles personnalités, Just Muiron et Mme Vigoureux, En 1832, Considérant parut, brillant de sa jeunesse et de sa foi dans l'avenir. En très peu de temps son enthousiasme communicatif réunit autour de lui cette pléiade d'écrivains et de propagateurs, qui atteignirent en quinze ans le nombre de trois mille adeptes aussi émi_ nents par l'esprit que par le cœur, 1832-1847, telle est la série d'années qui marque le point culminant de la carrière de notre cher et illustre ami. C'est dans cette période que l'Ecole sociétaire fut fondée sur des bases désormais impérissables; et dans cette fondation la première part d'initiative courageuse et féconde, appartient sans conteste à Victor Considérant. Années heureuses, inoubliables pour ceux qui les ont vécues ; années pures et sans tache, qui ne connurent ni les soucis ambitieux, ni l'ombre même des calculs mercantiles, ni les préoccupations des vaines amours propres ; mais seulement les saints enthousiasmes d'une foi inébranlable au règne du Bien sur la Terre ! C'est dans ce milieu que j'ai vécu six années consécutives, près d~ notre mort si profondément regretté. C'est là que j'ai pu apprécier sa belle âme, riche de bonté, de justice, de désintéressement, de loyauté. de sympathie pour toutes les douleurs, <!'inépuisable indulgence pour pour toutes les faiblesses. Et maintenant que j'ai épanché dans vos cœurs, en toute sincérité et toute plénitude. mes sentiments de profonde amitié person-
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