REVUE DES LIVRES Que M. Bonzon me pardonne si avant de parler de son livre je m'attarde à tous ces détours; je désirais expliquer sinon excuser la principale critique que je lui veux adresser, critique d'ailleurs qui n'est guère plutôt qu'une constatation. ' M. Bonzon, quoique jeune, est un érudit. Avec toutes les connaissances, il a la clarté, la méthode, la précision logique nécessaires aux exposés.scientifiques. Mais son esprit, d'une lucidité merveilleuse, est un peu déconcertant. Il n'affirme que des faits, ne prend au sérieux que les statistiques ou les textes, analyse les idées, mais quant aux sentiments, il affecte de· les regarder de haut avec un dédain doctoral ; la passion pour lui est une chose ridicule sinon dangereuse. C'est, je crois, la condition essentielle d'uneœuvrescientifiqueque l'auteur ne prenne point parti, mais un scepticisme systématiquement railleur n'est-il pas un écueil? Comme un paysage, un livre est un état d'esprit. celui de l'auteur vu il est vrai à travers celui du lecteur. En M. Bonzon, peut-être y a-t-il un peu d'un certain dédain professionnel analogue à celui du peintre pour les<<philistins. '> li y a surtout l'effort d'un tempérament passionné pour paraitre désintéressé. Le scepticisme de M. Bonzon est fraichement peint: son vernis craque. Ne serait-il qu'une conviction déçue ou se croyant telle? Mais voilà beaucoup insister sur une simple remarque. Il ne me resterait plus maintenant que des louanges à faire à ce beau travail. Le meilleur éloge estje crois, p11isqu'ici il s'agit de science, d'en dire en quelques lignes Je contenu. Après une introduction où l'auteur exposant la situation légale de l'enfant en 1789, nous montre ce qu'elle avait été sous l'ancien régime, nous passons à une étude remarquablement claire et complète de l'évolution du droit de l'enfance depuis 1789. - M. Bonzon étudie d'abord 1 'enfant au point de vue de sa situation matérielle et morale dans la famille. Il passe en revue les lois successives concernant sa protection dès la naissance et dans les mois qui la suivent, puis après avoir étudié l'organisation de la famille bourgeoise d'après le code civil, il passe à l'étude de l'assistance publique, analyse les lois pénales protectrices de l'enfance, puis l'organisation par laquelle l'Etat remplace la famille pour les petits abandonnés. - Dans une seconde partie, M. Bonzon nous expose les progrès accomplis dans notre siècle, en vue de l'état intellectuel des enfants; toutes nos lois d'enseignement. En passant, notons que l'auteur crible de ses railleries l' ,<école sans Dieu;» c'est là, me semble t-il, être bien sentimental pour un sceptique et bien peu logique pour un savant, vouloir commencer l'éducation par des notions que l'on reconnait fausses. - M. Bonzon, enfin, étudie dans une dernière partie la condition économique de l'enfant, les diverses lois restrictives à son sujet de la fameuse liberté du travaq. •
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