La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA MÉVENTE DU VIN 57 tions inspirées par l'esprit particulariste de la viticulture roussillonnaise. Le débat doit se tenir assez haut pour que l'intention de ne défendre qu'une cause d'intérêt général se manifeste à chaque ligne. La viti-culture méridionale dont les souffrances aiguës durent depuis longtemps a déjà beaucoup réclamé de l'intervention des pouvoirs publics; ses doléances ont paru si justes que plusieurs de ses demandes ont été bien accueillies par le Parlement. Les organes autorisés pour faire entendre en haut lieu les plaintes et les revendications des agriculteurs du midi ne manquent ni au Sénat ni à la Chambre des députés. li serait injuste de prétendre que les pouvoirs publics n'ont pas témoigné dans ces fàcheuses circonstances des sentiments de réelle sollicitude pour les populations en détresse. Ce sont les institutions et non les hommes qui sont les fauteurs du désordre économique actuel. Les réclamations énergiques des viijculteurs du midi ont obtenu la suppression des tarifs dits de pénétration et l'augmentation des taxes de douane. Au grand étonnement des protectionnistes, ces mesures n'ont pas amené les résultats salutaires attendus. A ce propos, il est bon de dire que la justesse des réclamations de l'agriculture nationale devrait être admise pztr les populations ouvrières des grandes cités. Les intérêts éparpillés des paysans sont plus solidaires qu'on ne le croit généralement des intérêts de chaque agglomération de prolétaires industriels. Le meilleur des débouchés pour les produits de nos usines et de nos manufactures n'est-il pas la clientèle de nos campagnes? Si le salaire ou le gain des paysans qui représentent en France le plus grand nombre non seulement des producteurs mais aussi des consommateurs diminue, le salaire ou le gain du monde industriel, employeurs et employés, s'en ressentira inévitablement à courte échéance. Le socialisme qui poursuit l'application d'une loi supérieure d'équité entre les citoyens libres d'une commune assez grande pour se suffire à elle-même, et l'établissement de garanties données à la liberté individuelle des hommes par l'administration collective des choses, fera cesser les malentendus imaginés par la classe dirigeante pour susciter un antagonisme absurde entre le paysan et l'ouvrier. Le travailleur demeurant dans l'enceinte de l'octroi des vi'lles se ~rompe d'adresse quand il accuse de rapacité les viticulteurs qui demandent à vendre 3 ou 4 sous le litre un vin naturel que le nègociant achète aujourd'hui à 2 sous et même moins. On a su faire beaucoup crier les prolétaires des villes à propos de la taxe douanière de 70 centimes par degré alcoolique et par hectolitre de liquide sur les vins étrangers introduits en France. La surélévation du tarif des douanes est une cause bien insigni-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==