La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE ~OCIALISTE Jusquïci, l'Angleterre était considérée, par nos bons bourgeois, comme le boulevard de l'individualisme ouvrier. Ils donnaient les Trad.-:'s Unions en exemple aux travailleurs français, comme des modèles d'ouvriers sages, rangés, pacifiques, modérés dans leurs revendications, poursuivant, en dehors de l'ingérence de l'Etat et des passions politiques, l'accord du travail et du capital. C'étaient là les Trade's Unions d'antan ; car il y a belle lurette que les ouvriers anglais ont rompu avec Je libéralisme économique. Nos libéraux prolbngeaient cependant le plus longtemps possible la dou~e croyance qu'il y a une_classe ouvrière en Europe, répugnant aux solÙtions socialistes et répudiant le programme des prolétariats organisés. Le dernier congrès des Trade's Unions tenu à Belfast a dissip± les derni~res illusions des libéraux. sur la sagesse des travailleurs anglais. Réduction légale de la journée de travail à huit heures; pensions :aux vieux travailleurs servies par l'Etat; abaissement du cens nécessaire pour entrer dans l'administration des bureaux de bienfaisance, afin que les ouvriers puissent en faire partie; réforme de la loi sur le jury désormais ouvert au travailleur avec la rémunération des fonctions de juré; indemnité parlementaire payée aux députés ; exécution des travaux des villes par les Trade's Unions contractant directement :avec la municipalité aux taux de salaires fixés par les unions ; suppression du travail des enfants. A ces réflexions ajoutons celles de Lux dans le P__euple de Bruxelles : « Les résultats des élections municipales anglaises apportent une nouvelle preuve de la déroute de l'ancien « trades unionisme » et des progrès des idées so:ialistes. Pour la première fois nos amis ont engag.; la lutte dans un grand nombre de centres Oll jusqu'à présent les cieux grands partis angbis, celui des lib!raux et celui des conservateurs s'étaient seuls trouvés en présence; s'ils n'ont pas réussi à décrocher un nombre énorme de mandats, ils ont démontré que dans un corps électoral dans lequel le peuple est fort mal représenté, ils ont de nombreuses sympathies et que dorénavant les deux groupes qui jusqu'11 présent se sont partagé le pouvoir, auront à compter avec un élément nouveau. Les candidatures ouvrières étaient présentées ou par l' 4' lndépendent Labour Party », ou par la Social Démocratie Federation » ou par des comités de Trades-Unions, émancipées de !'influa 1ce libérale et se réclamant nettement du programme socialiste. C'est surtout dans le Lancashire et !'Yorkshire, les districts industriels par ex~ellence du Nord de l'Angleterre, que nos amis ont cherché li. compter leurs adhérents. A Manchester, la capitale du Lancashire, et à Salford, qui est situé ~ proximite de Manchester, l' « Indépendant· Labour Party » a- ;éuni 7,9}7 suffrages sur 12 candidats, ce qui ne lui a valu aucun mandat; mais lui a

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