La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE " Pure forfanterie, ridicule exagération méridionale>', ont pensé sans doute les lecteurs les moins distraits des journaux qui ont publié il y a quelques semaines la nouvelle de l'incident. On n'a vu et surtout n'a voulu voir là qu'une simple protestation locale sans conséquence et sans lendemain. La protesbtion désordonnée et peut-ètre irréfléchie d'une assemblée de viticulteurs français où se sont trouvés confondus et animés du -même esprit les contribuables de toutes les opinions politiques et de -toutes les conditions sociales ne peut être considérée comme un fait à négliger. La détresse des populations viticoles est bien une triste et indéniable vérité. Pour beaucoup de viticulteurs, la grêve de l'impôt -n'est plus un projet de bravade insensée à l'égard du fisc; c'est déjà une lamentable fin à laquelle ils se trouvent réduits. La résolution du meeting des viticulteurs Roussillonnais n'est pas d'ailleurs restée sans écho. Dans le département des Pyrénées-Orientales, un vaste pétitionnement auprès des pouvoirs publics appuie Je vote révolutionnaire acquis. Dans les départements voisins de l'Aude, de !'Hérault, du Gard et de toute la vallée de la Garonne, on étudie les moyens les plus pratiques pour adhérer au mouvement protestataire dont les viticulteurs du Roussillon ont osé prendre l'initiative. Une manifestation des viticulteurs de l'Hérault a eu lieu le dimanche 10 décembre dans les rues de Montpellier. La manifestation organisée par le syndicat agricole de Courmontarral a réuni de 28 à 30,000 personnes. Le cortège ét:.'.Ïtprécédé de drapeaux et de bannières; quatorze conseillers généraux, huit conseillers d'arrondissement, les maires et les conseillers municipaux de 61 communes du département en faisaient partie. Le préfet, M. Delpech, a reçu les délégués de cette manifestation populaire grandiose; et le représentant de l'autorité gouvernementale n·a pas su dissimuler son regret de voir " que plus de 2 5,ooo personnes se fussent réunies pour apporter leurs pétitions >'. La mauvaise humeur préfectorale a produit un très mauYais effet (1). Les sénateurs, les députés, les conseillers généraux, les conseillers (1) Au moment de la correction des épreuves typographiques de cette étude, les journaux annoncent qu'une conférence interdépartementale aura lieu le I o janvier à Montpellier pour étudier les moyens de faire cesser la mevente des vins. Les Conseils généraux des Pyrénées-Orientales, de l'Aude, de !'Héraut, du Gard, de Vaucluse, des Bouches-du-Rhône, du Var, de la Haute-Garonne et de la Gironde ont désigne les délégués qui prendront part aux délibérations de cette assernblec régionale. Une proposition tendant au refus de payer l'impôt a été presentée dans la réunion du Conseil gènéral des Pyrénées-Orientales convoquée pour le choix des délégués. Devant les manifestations du put-lie approuva11t un conseiller general qui proclamait la légitimité de l'attitude révolutionnaire des contribuables en Roussillon, le préfet des Pyrénées a quitté la salle des délibérations pour protester contre un tel langage. Les esprits sont tres montés dans tout le midi viticole. On annonce aussi que M. le Ministre de I' Agriculture doit se rendre à Perpignan dans les premiers jours de février pour faire une enquète personnelle sur les causes de la mévente des vins.

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