La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE que prenait la nouvelle en se colportant de joumal en journal, l'épouvante dans le pays, et donnaient un semblant d'excuses aux mesures odieusement répressives adoptées par le gouvernement. Et puis, il faut -se souvenir du rapport de M. le Procureur général Chenest. Le Président du conseil des ministres se proposait, comme but final, la dissolution du syndicat des mineurs. Si on avait pu compromettre l'association dans un de ces attentats, le prétexte cherché eùt été tout trouvé. Eh bien, cela encore on s'est efforcé de le faire. Un délégué d'une section syndicale de la compagnie des mines de Nœux a été tenu au secret, à la prison de Béthune, pendant plusieurs semaines. jusqu'après l'interpellation Millerand-Basly, dans l'espoir qu'on lui arracherait non pas un aveu - cet ouvrier n'était pas coupable et on dut le relacher plus tard - mais une parole irréOéchie qui aurait permis d'engager un procès et de faire naître l'incident attendu. Donc, pour la dynamite comme pour le reste, les grévistes sont indemnes. S'il existe encore des présomptions, ce n'est ni sur le syndicat ni sur ceux qui ont soutenu la grève, députés ou journalistes, qu'elles peuvent peser. De toutes ces constatations résulte jusqu'à l'évidence !'entente parfaite, absolue, des patrons miniers et du gouvernement. Le complot est visible à tous les yeux. A peine la grève est-elle commencée qu'il est ponctuellement exéwté. La premiére période du connit, celle que nous avons limitée entre le 18 septembre et le 9 octobre est une période de calme et d'attente, en quelque sorte. Les Compagnies ne songent nullement à entrer en lutte. Elles acceptent le chômage - sauf quelques-unes d'entre elles - avec une grâce parfaite. Elles vont pouvoir écouler les stocks; le marché va se dégager, la situation commerciale s'améliorer. Aussi, loin de chercher à enrayer le mouvement, le favorisent-elles. On ferme les fosses, on remonte les chevaux, on donne congé aux employés. Et cela dure ainsi pendant une quinzaine de jours. Les marchés en cours ont été dénoncés, pour cas de force majeure. Il y a bien du charbon sur les rivages et sur les carreaux, mais on refuse de s'en dessaisir aux prix convenus. Les fabricants de sucres, qui réclament leur fou'rniture - et nous en connaissons plus d'un à qui l'accident est arrivé - sont invités à voir l'agent commercial, à s'entendre avec lui. s'ils veulent payer très cher, on leur fera la grâce de leur envoyer quelques wagons de mauvais charbon. Pendant ce temps, l'envahissement du bassin houiller par la troupe se poursuit méthodiquement, au milieu dela tranquillité 1a plus complète. Des soldats arrivant de partout, débarquent, chaque jour, dans les gares de chemins de fer, au grand étonnement des gens du pays. lis sont dirigés sur des cantonnements désignés d'avance.

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