LA REVUE SOCIALISTE teurs. Le montant de frais de transport, la rapidité des transactions, le bon marché des marchandises camelotées, l'avilissement de la valeur des produits, le frelatage, la falsification, etc., furent les boulets dont les producteurs chargèrent leurs canons pour se mitrailler mutuellement; et le champ de bataille se couvrit de cadavres. Ce furent les petits qui d'abord succombèrent, la modicité de leurs capitaux,l'impossibilité de maintenir leurs positions sur le marché devant les grands envahisseurs, l'infériorité de leurs procédés de fabrication et de débit eurent bientot fait de les réduire aux abois; leur écrasement par ceux qui disposaient de tous les moyens pour réussir ne fut qu'une question de te1,1ps. Les instruments de travail eux-mêmes furent un nouvel élément du triomphe des grands sur les faibles. La libre concurrence stimula, en effet, les producteurs à chercher dans l'amélioration de la technique industrielle un moyen de battre leurs rivaux. La science fut appelée à la rescousse du capitalisme; et humble servante d'un mode et d'un régime de production, elle se laissa féconder, donnant le jour à ce merveilleux machinisme qui fonctionne sous nos yeux. Et chaque découverte nouvelle facilitait et intensifiait le travail : une besogne triple, quadruple, etc., est accomplie en un espace de temps, quatre ou cinq fois moindre avec des frais diminués dans des proportions considérables. La production augmer.tait: un nombre d'usines plus restreint suffisait pour satisfaire les besoins des consommateurs; celles qui étaient désormais en trop parce que leur production dépassait d'autant la consommation se fermaient au profit des usines victorieuses. Arme puissante de la concurrence, ce machinisme perfectionné assurait encore la victoire, sur le marché, à ceux qui avaient pu l'acquérir. C'est ainsi que nous voyons la production et l'échange se concentrer dans un nombre diminuant sans cesse de centres. Je veux vous citer à ce propos quelques faits et chiffres. Et d'abord deux exemples qui vous ·prouveront que ce phénomène de centralisation ne se manifeste pas seulement dans la production exclusivement mécanique, mais partout ailleurs. L'industrie du genièvre Belge il y a un quart de siècle était encore exercée à travers tout notre territoire; un des centres importants en était Hasselt, d'où le nom de Hasselt appliqué à cette liqueur ouvrière; il existait en outre des distilleries un peu dans toutes les villes. Après un lustre de concurrence, quelle est la situation? à Hasselt même il n'existe plus une seule distillerie et, la production du Hasselt, du genièvre est devenue le monopole des vastes distilleries d'Anvers (Meeus, etc.) qui ont 11atio11alisé à leur profit l'industrie entière. L'mdustrie de la bière en Angleterre : En 1888, 13,598 licences avaient été accordées, tandis qu'en 1891 on en compte 11,233; presque la totalité de cette réduction s' e5t réalisée chez ceux qui ont brassé
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==