334 LA REVUE SOCIALISTE d'indépendance. Le mouvement aura là une tendance libertaire, qui est devenue une tendance anarchiste par les cruelles persécutions et le mauvais vouloir des possédants et des gouvernements. Car, si l'on ne craint pas d'ap;,eler les choses par leur nom, ce qui était aux prises au Congrès de Groningue, c'était l'anarchisme et la démocratie socialiste. On protestait contre le nom d'armée des prolétaires, donné au parti international; l'on ne voulait pas se soumettre aux décisions des Congrès internationaux, et une proposition de ne plus même assister à ces Congrès ne fut retirée que parce qu'on prétendit que les résolutions prises n'avaient pas de caractère « obligatoire. » Ce qui prouve surtout la tendance anarchiste, c'est la crainte et l'aversion pour des réformes qui pourraient améliorer, ne fût-ce que temporairement, le sort de la classe ouvrière. Ces soi-disant« révolutionnaires « crient fermement qu'il faut que la situation des ouvriers aille de mal en pis, parceque d'après eux, plus grande est la misère et plus tyrannique l'oppression, plus proche aussi sera l'heure de la lutte violente, qui seule apportera la délivrance. Les ,< parlementaires» ont des vues tout à fait opposées. En soulageant la misère, en améliorant tant soit peu le sort actuel des travailleurs, ils ne craignent pas d'apaiser le mécontentement, de pacifier les masses. lis sont r.onvaincus que quelques concessions, quelques avantages arrachés aux capitalistes, aideront puissamment à notre propagande et accroitront nos forces. Les ouvriers commencent à en avoir ;issez des paroles et des phrases, ils veulent des actes. Voilà pourquoi ils applaudissent à toute législation qui leur donne des adhérents plus nombreux, des combattants moins épuisés, plus instruits et plus énergiques. L'esprit révolutionnaire n'en souffrira pas, ne pourrait en souffrir, car comme l'a dit Aug. Bebel, dans le Yoncal'ls d'octobre dernier : un parti qui s'appuie sur la classse ouvrière. doit être réwlutionnail'e, ou il ne sera pas! » Si nous ne renions jamais le vra~ principe révolutionnaire, la législation deviendra une arme tranchante dans la lutte sociale, et loin d'être un signe de paix, elle deviendra le signal d'un combat de tous les jours. Ah! c'est une bien grande erreur de croire que la misère, qui peut occasionner des révoltes stériles, puisse faire une révolution durable. Certainement une épidémie ou une famine peut jeter l'étincelle dans la poudre amoncelée, mais cette force destructive du capitalisme ne se formera pas parmi une race dépravée par la misère, énervée par la souffrance. Dans ces questions-là, ce ne sont pas les théories, ce sont les f ails qui décident. Eh bien, que voyons-nous? Ce ne sont pas les plus misérables qui viennent grossir nos rangs, ce n'est pas la pauvreté la plus douloureuse qui vient s'organiser sous le drapeau rouge. Au contraire,
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