La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

' LA GREVE DES MINEURS Ces fiches ne font mention ni du nombre des journées de travail, ni des heures supplémentaires. Les fiches de l'Escarpelle portent seulement le nom du chef de taille. Les fiches de Courrières donnent les noms de tous _les ouvriers exploitant en commun une même taille, mais elles n'indiquent pas leur qualité de mineur ou d'aide-mineur. Ces documents sont donc absolument insuffisants et il n'est pas sérieux de dire q~'ils peuvent être utilement recueillis par le syndicat en vue d'une vérification possible de la moyenné des salaires dans une compagnie donnée. Il est inutile d'insister plus longuement. Les ouvriers, ou le syndicat qui les représente, n'ont à l'heure actuelle aucun moyen de contrôle, en ce qui concerne la moyenne des salaires; il leur est impossible de vérifier les dires des compagnies. Or, il se trouve que ces compagnies ont contracté des engagements vis-à-vis d'eux. Nous le demandons, est-il logique, est-il sensé que les intéressés n'aient en leur pouvoir aucun moyen de s'assurer que ces engagements sont tenus? - Non assurément? On a opposé d'autres objections à l'institution du carnet de paye. On a dit notamment, qu'il donnerait au syndicat. un moyen facile d'établir, au profit de sa caisse un droit proportionnel au gain du syndiqué; qu'il empêcherait l'ouvrier de se dérober aux quêtes et aux cotisations par l'aveu d'une semaine improductive; qu'il l'obligerait à faire connaitre à tout venant le fond de sa bourse et les saisie-arrêts qui frappent son salaire; qu'il l'empêcherait de garder par devers lui quelque argent de poche à l'insu de sa ménagère, etc., etc ... Nous ne croyons pas devoir discuter de tels arguments. Qu'il nous suffise de dire que les mineurs syndiqués s'acquittent régulièrement de leur cotisation et qu'il n'a jamais été question au syndicat d'établir au profit de la caisse un droit proportionnel au gain de chaque ouvrier. Qµant aux saisies qui frappent parfois les salaires, elles ne seraient pas plus mises au grand jour avec le carnet de paye qu'avec les fiches de quinzaine. Ces fiches, en efiet, ne sont pas individuelles comme on se plait à le dire, elles sont établies par taille. Si donc elles font mention des saisies - et c'est le cas ordinaire - la situation des ouvriers endettés n'est un secret pour personne. Nous en avons fini avec les revendications des mineurs. Toutes méritaient d'être prises en considération et discutées. Les compagnies, encouragées par le gouvernement qui avait promis des gendarmes et des soldats, opposèrent aux démarches tentées auprès d'elles une fin de non-recevoir absolue et brutale. De plus, elles refusèrent d'agréer 11

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