La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

PSYCHOLOGIE OU MILITAIRE PROFESSIONNEL 97 ce qu'il veut quand l'exécution de la volition n'est pas entravée; mais il n'est pas libre de vouloir ce qu'il veut, car ses volitions sont le produit de son organisation physique et psychique, en partie héritée, en partie élaborée par les circonstances au milieu desquelles il s'est développé et se tr JUVe actuellement. » Les auteurs de ces actes n'étaient point librris dene JJoint vouloir les commettre; et comme ils étaient libres d'exécuter leur volition, nécessairement ils commettaient ces actes criminels. Où il y a nécessité il ne peut y avoir responsabilité. » Nous touchons ici la doctrine chère à l'auteur, dont les préoccupations criminologistes nous semblent le porter à faire ressortir d'un côté le caractère criminel dans le sens trop large où il entend le crime, en tant qu' « atteinte portée à la liberté individuelle>', et, d'autre part, à innocenter les méfaits, ces crimes, sous prétexte d'irresponsabilité. C'est là, croyons-nous, fausser ou au moins détourner la signification habituelle du crime, et c'est confondre la responsabilité avec la nocivité. Au point de vue sociali;;te, qui tend manifestement à dominer de plus en plus la conception moderne du droit et du devoir, de la loi et de la pénalité, nous estimons qu'il est temps de renoncer à cette vieille conception de la responsabilité et de l'irresponsabilité qui n'est, au fond, qu'une survivance métaphysico-religieuse. Au point de vue de la répression, au point de vue de sa propre défense et protection, la collectivité n'a pas à se préoccuper de la question de responsabilité ou de conscience, mais seulement des moyens de se prémunir contre les dangers et les nocivités des individus. Certainement l'auteur a parfaitement raison de faire ressortir l'irresponsabilité de ces malheureux qui subissent l'entraînement de leur milieu. C'est là de la psychologie collective à la façon de Ferri, ( 1) de Sighele, et ce genre de travaux nous semble éminemment utile pour nous habituer à mieux saisir les vices rédhibitoires de nos sociétés mal organisées, Mais appeler crime « toute atteinte à la liberté d'un individu», nous semble une interpréta Lion excessive et prêter à des confu_ sions dont le seul effet est d'engendrer des discussions oiseuses. Ce qu'il faut savoir comprendre dans une étude semblable, c'est la démonstration du danger d'une mauvaise organisation sociale au point de vue de la solidarité et de la correspondan.:e de tous les facteurs, c'est la nécessité de s'appuyer, dans les réformes à tenter, sur la connaissance des lois fondamentales de toute société : la loi d'adaptation aux conditions de milieu et la loi de solidarisation des composantes. Au lieu de nous contenter d'enregistrer les phénomènes sociaux et d'en conclure avec les économistes qu'ils sont l'expression de « lois naturelles» et· que nous n'avons qu'à « laisser-faire», sachons dire (1) Ferri, No11wa11xboriz.011s. Sighele, La Fo11/eCriminelle, Alcan 1892. 7

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