La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE Le ,< lock-out des mineurs ». - Les salaires doivent-ils être réglés par les prix, suivant la prétendue loi économique des satisfaits, ou bien les prix doivent-ils être réglés par les salaires ? telle est la q1_1estionqui est au fond du conflit actuel entre les 500,000 mineurs britanniques et leurs patrons. En d'autres termes, les droits de l'humanité doivent-ils céder la préséance aux prétendus droits de la propriété ? li y a quatre mois environ, la fédération des propriétaires de mines avertit les mineurs qu'il allait leur falloir se soumettre à une réduction de salaire de 25 o/o, par la raison que les prix des charbons n'étaient plus rénumérateurs. Les ouvriers se réunirent dans leurs syndicats pour discuter cette proposition terrible et à une grande majorité refusèrent d'accéder à cette réduction. Là-dessus les patrons fermèrent leur mines et près d'un demi-million de mineurs se trouvèrent ainsi sans travail. Leur détermination ne fut pas prise à la légère et ils ont héroïquement persisté pendant quatorze interminables semaines, au milieu des plus grandes privations. Quand on songe que la paye moyenne d'un mineur est de 15 à 25 francs par semaine, une diminution d'un quart acquiert une importance vitale. Les ouvriers n'admettent pas l'inéluctabilité de la loi économique citée plus haut; ils osent prétendre que les salaires ne doivent pas s'abaisser au-dessous d'un étalon, d'un minimum relatif de confort représentant un point au-delà ou en deça duquel la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue. « Périsse l'économie politique plutôt que nous et nos familles ! » pensent-ils, non sans raison. Les docke, s pensaient de même, il y a quelques années, lors de leur fameuse et gigantesque grève, et ils obtinrent un minimum de 6 pence ou 60 centimes de l'heure, qui est devenu le minimum adopté par le Conseil municipal de Londres. Lord Masba111, lui-même (un des gros patrons miniers) a reconnu (sincèrement ou autrement, je ne saurais dire) qu'un minimum de salaire devrait ètre établi. L'opinion publique d'abord hésitante, à cause de la hausse exorbitante du prix du charbon, (qui vaut aujourd'hui 50 francs la tonne, en détail, pour les pauvres) s'est définitivement mise du côté des mineurs, et les souscriptions ont tellement afflué que deux journaux radicaux la Dai/y Cbronicle et le Sun ont récolté le premier près de 250,000 francs et le dernier environ 125,000 francs, en faveur des mineurs et de leurs familles. Ajoutez à cela d'autres souscriptions locales, les cotisations des syndicats ouvriers, des quêtes dans les rues et des représentations théàtrales données pour fournir du pain aux femmes et aux enfants. Cette courageuse persévérance des mineurs a fini par lasser plusieurs patrons qui ont rouvert leurs mines, sans réduction de salaire, et chaque jour de nouveaux patrons mettent les pouces. Enfin la Fédération des p~trons vient d'accepter ce qu'elle avait jusque là refusé. à

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