L(\ GRÈVE DES MINEURS EN BELGIQUE 593 tes. - Dans les deux autres bassins au contraire, il y a eu beaucoup plus de grévistes que de votants. Cela tient en partie à la contagion de l'exemple, en partie aussi à une cause plus profonde qt~i explique, en mème temps, la marche de la grève depuis ses débuts. Ceux qui se sont prononcés pour la grève, dans le Centre et le pays de Charleroy, l'on fait avant tout par esprit de solidarité: si confuses que soient leurs notions sur l'état du marché, les mineurs de ces deux bassins se rendaient parfaitement compte qu'à ce moment, ils n'auraient guère d'intérêt personnel à faire grève. Mais, ils n'en fùt plus de même, deux semaines après, lorsque l'arrêt du travail dans les bassins limitrophes, activa les demandes de charbon dans le reste de la province. C'est pourquoi le nombre des partisans de la grève est considérablement augmenté. . La mème observation s'explique du reste de l'ensemble de ces mouvements, dans lesquels les sentiments internationalistes ont joué un bien plus grand role en apparence qu'en réalité. La grève anglaise commence le 28 juillet; c'est seulement dans les premiers jours de septembre, lorsque la longue résistance des mineurs d'Angleterre a fini par créer un ,·ide, que les ouvriers du Nord de la France, se décident à les imiter. En Belgique au contraire, on reste calme, parce que la demande de charbon n'a guère augmenté. Le Borinage n'entre dans la danse que le 25 septembre, quand des centaines de wagons partent de Mons pour la France. Dans le Centre, on attend quelques jours encore, et la grève ne bat son plein que le 30 septembre, au moment ou les Borains épuisés s'apprètent à retourner au travail. Enfin, les mineurs de Charleroy ne cessent .Je travail, à leur tour, qu'après l'épuisement des stocks dans les autres bassins. Bref. nous sommes obligés de co·nstater que les sentiments de solidarité n'0nt agi que sur le petit nombre, tandis que les autres n'ont obéi qu'aux suggestions de l'intérêt personnel. Néanmoins, il serait injuste de méconnaitre que cette dernière grève a été conduite avec plus de réflexion et plus d'énergie que les mouvements antérieurs. Les patrons n'ont plus en présence la poussière humaine de jadis, et il n'est pas douteux que bientôt ils ne soient contraire de reconnaître l'organisation ouvrière qu'ils affectent encore de mépriser. Emile VANDERVELDE.
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