LA SCIENCE SOCIALE CONTEMPORAINE de nos efforts, de nos intérèts, de nos besoins, de nos as;)irations, de nos jouissances, et non dans leur opposition, dans leur lutte, dans leur isolement. que nous atteindrons et récolterons le maximum de force vive, de ressources organiques, d'avantages matériels, intellectuels et sociaux. Bien plus, nous arriverons ainsi à la véritable notion intégrale de la justice et de la responsabilité sociale et morale qui n'en constitue que le corollaire. Il faut lire en entier les belles pages où Fouillée développe la notion sociale, toute expéri mentale et cependant si élevée, si supérieure à l'ancienne conception du mérite et du démérite. du devoir et de la responsabilité, du droit de défense sociale opposé à l'ancien « droit de punir» {p. 275-298). « Juger aujourd'hui les questions sociales avec les idées du droit antique, c'est comme si on voulait mesurer les obligations de l'homme civilisé aux idées morales du sat1vage; la justice n'échappe pas plus que tout le reste à la grande loi de l'évolution et du progrès. Un des plus remarquables exemples de cette évolution, c'est la tendance de la justice à absorber en elle la fraternité mème, qui constitue une simple réparation» (p. 324). Mais pour ne pas errer, ,< il faut que la fraternité devienne juridique et que la justice devienne fraternelle » (p. 348). « Ce n'est pas un des moindres titres de la France que de s'ètre é:evée, parfois même à l'excès, au-dessus de l'égoïsme national, pour concevoir un idéal d'universelle philanthropie: elle a eu tout ensemble le plus vif sentiment de la fraternité humaine et du droit humain, tant ces deux choses sont. au fond, inséparables. Le vrai génie juridique est, en même ternps, philanthropique. Déjà, au moyen-àge, les communes de France avaient trouvé le véritable nom de l'associatiôn civile : « amitié•> ; on disait l' ,< amitié de· Lille », l' ,, amitié de Rouen » ; et qu'était la patrie française, sinpn la grande amitié contenant en soi toutes les autres? Depuis le xv111esiècle et la Révolution, on a conçu une patrie plus grande encore, celle de tous les êtres raisonnables et libres, et les ,< Droits de l'Homme» entrainent l'amitié pour l'Homme. Ne point séparer l'amour de la nation et l'amour de ]·humanité, voilà l'instinct français. Aussi, est-ce en France qu'on a rêvé, espéré, proclamé d'avance la paix universelle » (p. 3 56) absolument comme on a proclamé les« Droits de l'Homme » et non les droits des Français ou les droits de' tels ou tels groupes. Liberté, égalité, fraternité, voilà la devise de notre grande Révolution, jetée à la face du vieux monde des privilèges et des servitudes. Justice et solidarité, voilà le cri de ralliement de toutes les victimes de la féodalité de l'argent, voilà le sens, voilà la for-ce et la grandeur du socialism~ intégral. D' Julien P10GER
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