La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE sitions, des luttes entre des tendances diverses. " On ne saurait nier que l'histoire des espèces et de !"Humanité présente au premier aspect un tableau de leurs luttes pour conquérir une partie de l'espace et perséYérer dans l'existence. La lutte pour la possession des femelles n·a pas été moins meurtrière que la lutte pour la nourriture et l'habitat. Puis la lutte sociale pour vivre, dit Lange (La Qpestio11ouvrière), s'est compliquée de la lutte pour obtenir la me1lleure place. Il y a plus: la bataille pour vivre qui, dans le principe. était, comme chez les animaux. limité"e aux conditions extérieures de l'existence. a pris une extension de plus en plus vaste. Il n·y a pas que la lutte physique. il y a la lutte morale, politique. scientifique, religieuse, etc. « La loi de Darwin est incontestable. Mais est-ce la loi suprème des relations entre les êtres? Le tableau qu'on fait de ce point de nie est-il une image complète de b réalité? La théorie du naturaliste peut-elle être d"autre part considérée comme règlant le dé,·eloppement des ètres en tant que molécules sociales. L'interprétation sociale qu·on donne estelle juste? N'est-il pas visible. au contraire, que le caractère même de la civilisation. c·cst-à-dire l'évolution sociale, est de lutter contre cette loi. et. pour ainsi dire, de la nier. et que l'homme en particulier, quelle que soit son origine. a apporté un principe nouveau de progrès. qui fait graviter ~on esp~cc dans un sens opposé à la nature animale: la loi de justice. de charité. de solidarité? ( V. Crit Phil. t. XVII, p. 44). M. Bagchot imagine une époque future où les peuples denont leurs progrès à d'autres moyens que la guerre. quoique la guerre puisse au fond continuer à jouer son ràle ( 1). Hœc-kel lui-même reconnait que la lutte pour vine. dans !"espèce humaine, deYient de plus en plus une lutte intellectuelle, de moins en moins une bataille aYec des armes meurtrières. Crcnt. Nat .. p, 1:;:;). Il est nai. remarque M. Renouvie;- (Crit Phil., t. VI. p. 70-71). que ce sont là des affirmations fondées sur l'espérance, et non des faits induits scientifiquement d"après l'expérience du passé. et que ceux qui regardent la guerre comme le moyen essentiel du progrès dans le passé doivent. pour ètre logiques. cor1fier la suite de nos destinées à l'action de la loi qui les a jusquïci di rig-ées dans le passé. " ,, Mais allons plus loin. ,, Un examen ap1)rofondi des choses nous laisse-t-il cette première i!11pression d'un combat à outrance. désordonné, sans frein ni règle-. où tous les combattants sont autant de frères ennemis, où le vainqueur d'aujourd"hui est destiné à devenir le vaincu de demain? Et serait-il possible que le progrès, c'est-à-dire la vérité et le bonheur. fùt le but ayec la bètise pour cause et la force sous tous ses aspects (injustice. tyrannie, guerre. etc.) pour moyen. Ce spectacle d'un désolant pess1- ( 1) Bagchot : Loi, ,ci. 11/i/iq11cdsu di:.,•dopp,'lllmt cl,s 11.1tio11s.

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