La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

1,'uTOPIE DANS t.'t-!tSTOl~E 14ï cément timorée, s'c/Traya vite du cri de quelques peu recommandables intérêts particuliers, l'homme de bonté répugnait au déploiement de tant d'énergie. Il se demanda mème un moment s'il n'avait pas outrepassé ses droits en voulant forcer à cc point les destinées humaines. Toutefois. le spectacle du mieux-être. déjà visible. qui découlait des grandes réformes rasséréna sa pensée sur ce point. Oui. la Révolution ,1ui s'opérait était légitime et elle devait être accomplie. Il est vrai qu'elle pouvait l'être sans lui. Sur ce dernier point s'arrêta sa pensée et il prit la résolution qui convenait au plus fidèle disciplè d'Epictètc : Céder tout le pouvoir à Cassius en abandonnant volontairement la vie. La stoïque décision prise. il écrivit une noble et longue épitre a Cassius, son fils et son collègue et à Pertinax, leur successeur désigné. L'empe1·eur philosophe commence par justifi~r sa résolution. en expliquant qL;c son 3111erêveuse et douce, toute attir0c par la bonté, ne peut se résigner aux actes énergiques dont pourtant il reconnait la nécessité. Il passe donc le pouvoir à Cassius et il revient avec lui sur les trois grands problèmes à résoudre, qui sont trois d:rngers, trois plaies de l'empire: 1° Les 13arbarcs et l'armée qui les contient. 2° La dépopulation et l'escla,·age. 3° Les chrétiens et l'indifTérencc politique. Sur le premier point, il conclut résolument à la supression des prétoriens et à l'extension du colonat de frontière. Marc-Aurék n'est pas moins énergique en ce qui concerne l'escla- \'age et le christianisme. "Depuis longtemps dit-il l'esclavage est le tourment secret des àmes éleYées. Nous n'osons guère publier ce que nous en ·pensons, mais entre nous. surtout dans le secret des cceurs. l'aveu de l'injustice s'éd1appe. la pensée de quelque grande réparation future se fait jour. Nous condamnons la sage doctrine d'Aristo~e, nous répétons les bons mots si profonds de nos maitres sublimes. les cyniques. Mais aussit6t que nos ,·ceux se font jour dans la pratique et qu'une réforme commencée exalte les passions. je sens la fermentation naitre dans les rangs des opprimés et l'égoïsme gronder dans les cœurs des oppresseurs. La réforme est d'hier. et déjà je vois germer des semences d'insurrections et de guerres serviles. parce que l'esclave resté dans les chaines regarde d\111œil plus haineux l'affranchi. son maitre. qu'il ne faisait pour le grand seigneur habitant de Rome: et l'enthousiasme qui accueillit nos décrets s'est tourné peu à peu en mensonge, puis en conspiration : le sénateur se dit dépouillé d'une terre dont il conserve le revenu. et le che\'alier nous reproche sa détresse depuis qu'il a perdu le droit de puiser au trésor. « Je ne saurai supporter plus longtemps ce spectacle. Je le fuis pour •jamais. Vous. songez que vous avez donné des gages à la liberté, à

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