LA REVUE SOCIALISTE Sans la désirer expressément, nous ne répugnerions pas à une loi autoritaire qui déclarerait les syndicats obligatoires. Mais tant qu'un ouvrier aura le droit de ne pas se syndiquer, tant qu'individuellement on aura le choix entre l'isolement et la cohésion corporative, nous n'admettrons pas que la corporation n'ait pas la même liberté que l'individu. Celui-ci a la faculté de ne pas se syndiquer; on l'y engage même. Logiquement Je syndicat doit avoir la faculté analogue de ne pas se soumettre à l'enregistrement policier de la loi de 1 884. Jusqu'à ce jour et malgré la loi de 1834 sur les associations, les loges maçonniques et les cercles catholiques ont été laissés complètement libres. Songe-t-on à les tracasser? - Pourquoi donc s'en prendre aux seules associations corporatives? Quelques unes de ces dernières, plutôt que de se soumettre aux très platoniques exigences de la loi sur les syndicats, préfèrent ne pas profiter de la pré.::ieuse personnalité civile qui leur est offerte. Elles ont peut-être tort. Mais enfin c'est leur affaire, et non celle de M. Dupuy. Le gouYernement aurait mieux fait de se rappeler : 1 ° que la Bourse du travail a été donnée par le Conseil municipal de Paris non pas à des syndicats, mais à des groupes ouvriers quelconques; qu'il n'y a donc aucune connexité entre l'institution municipale de la Bourse du travail et la loi nationale sur les syndicats. Conclusion : le ministère est sorti de la légalité en privant la Bourse du travail des crédits à elle alloués par le Conseil municipal; il a commis une violation flagrante de la loi, au respect de laquelle il a si peu opportunément rappelé les syndicats; 2° Que l'administration se mèle de ce qui ne la regarde pas quand elle menace des syndicats libres, voire même anarchistes; 3° Que la magistrature seule a qualité pour poursuivre, - si elle ose braver les précédents libéraux de la Restauration, de l'Empire, du Seize-Mai et de tous les ministres républicains, - si elle oublie qu'elle même ou du moins les tribunaux de commerce ont eu parfois recours à la compétence de Chambres syndicales illégales. • Les syndicats professionnels existaient avant la loi de 1884. Celle-ci a été votée dans un esprit de régularisation partiellement protectrice. Offerte aux syndicats, elle ne leur a pas été imposée; elle ne doit pas l'être. Et il serait aussi absurde de refuser aux syndicats libres, dits illégaux et non conformes à la loi, l'entrée de la Bourse et la vie corporative, quïl serait insensé de refuser la vie civile et politique aux enfants dits illégitimes et à leurs procréateurs qui se permettent d'aimer et de fonder un ménage sans la permission de l'autorité . .. .. . A l'heure où nous écrivons, nous ne savons encore ce qui résultera de tout cet arbitraire gouvernemental et des pourparlers engagés dans les coulisses entre la Bourse du travail, le Conseil municipa 1, les députés rncialistes et le mir.istère, ni si l'on trouvera un ter-
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