La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

392 LA REVUE SOCIALISTE Ici encore, je ne fais que suivre la pensée souvent exprimée par les écrivains et les orateurs progressistes. C'est sur des idées, des programmes et non sur des personnes, ne cessent-ils de répéter, que le suffrage universel devra ètre appelé à, se prononcer. Ainsi appuyé sur une ligne d'opération solide, disposant d'une troupe, animée, d'une extrémité à l'autre, du même souffle et marchant au même but, on pourra compter sur des succès sûrs et rapides. La nature de ces idées, le fond de ces programmes, on n'est pas embarrassé de les découvrir dans les discours et les articles de journaux. Ce n'est pas à une simple crise politique que nous assistons, déclarait ::VI. Jaurès à la Chambre. )fous assistons à une décomposition des éléments de l'ancien ordre social. Pour rétablir la conscience humaine dans son équilibre, il faut des solutions morales nou,elles. Et à celle-ci il faut donner, comme sanction et garantie, des solutions sociales nouvelles. C'est le procès de l'ordre social finissant qui commence et nous sommes ici pour y substituer un ordre social pluR juste. C'est, on ne saurait s'y méprendre, la révolution sociale nécessaire que l\fillerand et Jaurès ont· proclamée à la tribune de la Chambre. Et, comme sanction immédiate, à l'ordt·e du jour de la coalition réactionnaire, les orateurs en opposèrent un autre où ils exprimaient que « les scandales du jour ne sont que la conséquence'naturelle et nécessaire du régime économique actuel, et que le seul moyen d'y mettre fin était l'application résolue et méthodique de la politique socialiste ». Ainsi commenté, le mot progressiste perd le sens singulièrement vague qu'il a Î>ar lui-même. L'armée progressiste que M:M.Millerand et Jaurès entreprennent do former, prend un nom plus précis : elle n'est autre que l'armée socialiste. " • • ,J'ai dit « armée socialiste >> et non « parti socialiste ». Ce n'est pas sans intention. La distinction est essentielle. Le parti socialiste embrasse la révolution sociale dans sa plénitude : il possède un ensemble complet de doctrines qui découvrent les causes Intimes du mal et en déterminent le remède, qui aboutissent à un changement. fondamental de la société et prévoient, dores et déjà, les formes nouvelles que celle-ci prendra dans l'avenir. Pour lui, le vice capital est inhérent à la propriété individuelle; c'est à changer cette forme pour y substituer la forme collective que visent avant tout les efforts du parti socialiste.

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