La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LE DÉCEPTIONISJIIE 191 et sociales, l'étrange phénomène s~explique parfaitement. L'année 1848 fut pour nous ce que fut pour l'Europe 1789. En· 1848, l'ancien état de choses était caduc et il devait être remplacé par une nouvelle forme, par la société bourgeoise ; mais les mêmes motifs sociaux créent les mêmes motifs moraux. Les illusions de l'Occident se répétèrent. Chez nous, comme làbas on a dit que la socil>télibérale bourgeoise nous apportera des améliorations infiniment nombreuses, la nation ne sera plus qu'une famille de parents, les enfants seront tous frè1·es; ici comme là-bas on nous a crié : « Yive la Liberté, l'ltgalité et la Fraternité 1 » Dans de pareils moments, pouvait-on même songer à une littérature déceptioniste? Assurément non. Les poètes empoignés par ces douces illusions et par ces grandes espérances, nous appellaient au réveil, à la résurrection, nous apprenaient à aimer la patrie, à glorifier la liberté et !"humanité. Ils nous chantai~nt aussi la gaité plaisante et galante, ils nous faisaient entendre les doïnes (1) languides et mélancoliques. Ils nous chantaient la beauté de la nature, la vie champêtre qui, malgré que triste même à ce moment, pouvait du moins espérer un avenir· meilleur. Dans ce concert il y avait des voix tristes et des vo_iesgaies. La voix de Boliac qui nous parlait du iobag (2) et nuus fais:,it toucher les fers des tziganes; mais, par cela mème, il voulaiL nous rendre ces mœurs odieuses, il nous parlait de l'avenir meilleur, il demandait !"égalité pour tous, et le découragement ne se rencontre pas dans son chant. Cette société si impatiemment attendue et désirée est apparue, mais les beaux rêves ne se sont pas réalisés. Les mêmes causes sociales font naitre les mèmes effets. La mt\me organisation bourgeoise qui a si fortement trompé les espoirs de l'Occident nous a trompé aussi. 1\otre déception devait donner lieu, chez nous aussi, à un courant de littérature déceptioniste. L'analyse de cette littérature j ustiflera notre façon de voir. George D1A~IAXDY. (1) Deux sortes : doine proprement dites, musique et paroles tristes et languiRsantes et les horas " rondes". \2~Le" ser(" roumain. - N.T.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==