La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

82 LA REVUE SOCIALISTE rniques qui furent, au début des civilisations, les uniques propulseurs, est manifestement décroissante, comme l'a constaté Buck le, l'auteur pourtant si matérialiste de l' Histoire de la civilisation en Angleterre, lorsqu'il a noté l'influence croissante des lois mentales comme un signe caractéristique de la marche de la civilisation. Fouillée a ouYert de ce chef une voie féconde aux sociologues avec sa théorie des idées forces qui peuvent pourtant avoir pris naissance dans un cerveau rebelle aux courants de son époque, c'est-à-dire avoir une origine toute subjective (1). S'il en considérablement sur sou développemeut, n'eurent pas touiour8, fait important, des causes économiques. Pour uous èn tenir à uu exemple unique, la conquête musulmaue n'eùtelle pas des ori::tines purement religieuses 1 Pourtant, quelle guerre eut plus d'influence sur les destinées de l'humanité? Des mont.i.gnes d'Altai aux rivage3 de !'Océan Atlautique, du centre de l'Asie aux confins de l'Afrique occidentale tout tomba sous le terrible cimeterre, tout fut livré a une subversion tot,de. Pour des causes religieuses, les ùeux tiers du monde connu changérent brusquement d'état, de lois et rie mœurs. Nous pourrions aussi /aire ressortir J'influence, sur le dé1•eloppement politique et économique, des croisades, également d'inspiration exclusivement religieuse. l\lais l'espace nous presse et nous nous contenterons de rappeler quelques fails politiques et religieux d'ordre secondaire qui ont considérablement pesé sui· le développement économique de l'Europe moderne. La ruine et le doiclin de l'Espagne sont dùs initialement à l'expulsion des l\laure,, fait religieux et politique. L'annexion passagère du Portugal â !"Espagne par Philipoe li, évènement e.xclusivement politique, fait perdre à la 11..itionlusitanienne la plus gr.i.nJe partie de ses colonies, au profit de la noble Angleterre f't•de la Hollande, dont fut ainsi commencèe la puissance colouiale. L:t Ré-:ocation de l'édit de Nantes (161!3)fut, sans conteste un fait i·eligieux, elle eut pour effet de tuer la nais:,ance de l'ir,dustrie franç~ise, Je fortitie1· la Hollande et l'Angleterre et de commencer la grandeur de la Prusse. C'est la participation de la France à la guerre ùe Sept Ans, une participation due à des influences purement dynastiques, c'er,t-à-dire politiques, qui fit per- <fre a la France son maguifique empire colonial. ljn autre fait purement politique, l'annexion passagère de la Hollande à l.i. Fl'ance, fit pel'dre à la première ses plus belles colonies. De cette sél'ie de faits 110/itiques ou religieux est issu en quelque sorte l'immense en,pirc, coloni..il de J'Anglttcrre. Souvent la politique commanrle l'èconomie; les proscriptions politiques des MéJécis aboutissent à la création de la fabrique lyonnaise, par les républicains florentins exilés. De même. les exilés bernois de 1793 fondent l'industrie hol'iogére de Besançon, et les ex:lés lyonnais de 1834 instaurent, à Zurich, l'inJustl'ie de la soie, etc., etc. Enfin, les périls que fait courir à l'Europe actuelle la perpétuelle menace d'une guerre effroyable ne proviennent pas de causes économiques, mais de certains antagonismes de race et d'un chau,·inisme anormalement surexciLé par des intérêts dynastiques et pa.r d'incompressibles aspirations nationalistes. (IJ « Tuute volonté forte tend à créer une \'Olonté de même direction chez les autres individus; toute adaptation de la conscience à un phénomène sup-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==