La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

CORRESPOXDANCE 245 J'ai beaucoup lu sui· ce qui a été écrit de ces volumes, mais malheureusement je n'ai pas été à même de meles procurer. -Sij'avais connu plus tôt vos sentiments à mon égard, je vous aurais certainement demandé votre coopération à une œuvre des plus importantes que j'ai entreprise, ou plutôt que je vais -entreprer1dre d'ici à quelques mois. Cette œuvre, est, selon moi, digne d'exciter votre intérêt, bien que, à parler franchement, j'aie crn que le caractère religieux, qui en est une partie essentielle, lui aliènerait complètement vos sympathies, comme cela est déjà arrivé, je le crains .avec notre ami commun Ilouanet, pour ce qu'il connait de mes idées. Laissez-moi d'abord vous dire que je suis convaincu et que je puis prouver que l'Amêrique - j'entends les Etats-Unis - €st, dès à présent, ou du moins peut être re!ldue, :want la fin de ce siècle, l'un des importants éléments, - sinon le plus important - de l'évolution sociale. Notre peuple est bien plus avancé que vous ne le croyez, et nous ::-vonsmême sur l'Europe une immense supériorité en un point décisif, notre« Mouve1nent des Ferniiers ». • Vous savf'z que nos farm,ers sont très diffé1·ents des vôtres, -ou tles paysans européens en général. Ils forment une cl:-isse indépendante, - indépendante des riches, -et gràce à nos écoles publiques ont reçu une bonne éducation. Partout maintenant ils commencent à s'émanciper des deux anciens partis et .à former leurs« Farme1•s'Alliances ,>dans lesquelles souvent, par absence de logique, ils demandent des choses irréalisables, mais où toutes leurs demandes sont empreintes d'un caractère socialiste. En réalité, de même que nos associations ouvrières organisées, les« Chevaliers du Travail)> (Knights of Labor) et la ·« Fédération du Tra,·ail » (Fede1·ati:on of Labor) ils sont socialistes au fond, mais il-s en rejettent le nom parce que les classes éclairées pour lesquelles ils ont uu grand respect, ignorent le socialisme et veulent l'ignorer. Telle est la vérité pure.En d'autres termes nous avons l'armée, ils ne nous m:inquent que les chefs, et dans ce pays-ci il faut que la classe éclairée les fournisse. Ce sont donc des hommes de cette classe que je veux « con- .quérir n d'ici à 1900 et particulièrement celte année-ci et la suivante, années de la célébration du Centenaire de Colomb, et j'espère réussir. Je prétends qu'il y a dans nos grandes villes un millier de jeunes gens, que l'on peut rendre socialistes si l'on arrive à les <:onvaincre que le socialisme exige une Ethiq1 1e superieure.

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