La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LUNDIS SOCIALISTES 191 d'avoir dit: à cbawn selon sa capacité, à cbacu11 selon ses besoins, au. lieu de crier sur les toits : à cbac1m selon son amou1·, à cbacuti selon son dévouement, Ils sont coupables, en outre, d'avoir dit : Ce que la France doit à l'Europe c'est Ja solutio11du problème de /'orga11isatio11du travail. Tout le pamphlet mazzinien est dans ce ton, quant à la conclusion elle fut d'une précision parfaite : Le progrès actuel des peuples est de s'émanciper de la France. Le progrès actuel de la France est de s'émanciper du XVIIJ' siècle et de sa Révolution. Ecrit en février 1852, le réquisitoire de Mazzini s'attaquait à un parti qui, décimé en Juin 1848, et frappé encore en Juin 1849, venait d'être écrasé par le coup d'Etat de Décembre et ne comptait plus que des morts, des déportés, des emprisonnés et des proscrits. !../heure était trop cruelle pour parler ainsi et la ripost~ de Proudhon,datée de SaintePé!agie, fut très applaudie, notamment ce passage : C'est donc chez vous une idée fixe de féruler le socialisme, re n'est pas assez de la clameur qui, depuis quatre mois, en France et par toute l'Europe appelle l'extermination co:itre les révolutionnaires du siècle. li faut que vous y joigniez vos instruct;ons pastorales et vos monitoires. Homme d'ordre, homme de gouvernement, homme de piété surtout, ex-dictateur, aspirant pontife, vous tenez à bien constater, à la face du monde, toute votre horreur pour les misérables qui ont osé tirer la Révolution dernière du mouvement philosophique et social commencé depuis les croisades. C'est sur les ruines du socialisme que vous posez la première pierre de votre restauration et vous choisissez le moment où, de l'avis de tout le monde, le socialisme est devenu le dernier mot de la Révolution, l'organe le plus véhément de la résistance, où des milliers de citoyens, qualifies, à tort ou à raison, de socialistes, sont arrêtés, expulsés, internes, déportés à Cay~nne et a Lambessa! ... Néanmoins les progressistes européens qui avaient été vaincus, en Italie, en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en Hongrie, en Angleterre, partout enfin où ils avaient lutté et qui avaient tant compté sur les élections françaises de 1852 pou1· la réouverture des combats nationalistes et démocratiques, cherchèrent plus équitablement les coupables et ils s'en prirent à la France elle-même ; ils doutèrent, pour la première fois, de la Grande Nation. Elle avait été, surtout depuis un siècle, la formidable réveilleuse des nations et voilà qu'elles' était abandonnée, au point de devenir Je pivot de la réaction, de foyer révolutionnaire qu'elle était encore quelques mois auparavant. Pour ce motif les nouveaux protestataires acceptèrent des conclusions de Mazzini -celle où il était dit que la démocratie européenne devait briser l'hégémonie séculaire de la démocratie française. Et ainsi fut fait. Pour s'être, par peur du socialisme, lâchement livrée à un aventurier politique, la France perdit en même temps que sa liberté, sa puissance de rayonnement moral et ce Verbe révolutionnaire qui, selon

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==