132 LA REVUE SOCIALISTE Tous les goùts sont dans la nature; s'il plait aux capitalistes de passer leurs jours et leurs nuits en momeries religieuses, et en serviles. prosternements, grand bien leur fasse. On peut aller même à la messe, Ainsi le veut la liberté. Mais ils deviennent coupables, quand ils disent à ceux qui dépendent d'eux pour le travail: « Crois à ce que ta raison trouve absurde et agenouille-toi pour marmotter des paroles qui pour toi n'ont pas de sens ; renie tes sympathies, fais litière de tes convictions et de tes aspirations, ainsi le veulent les hommes noirs qui me dirigent, et qui. veulent empêcher la réalisation de tout ce que tu espères: ainsi je t'ordonne, et si tu refuses de me vendre ta conscience, je t'exclus du travail, mes confrères en feront autant et tu mourras de faim, car il n'y a pas de liberté de croyance pour qui doit travailler pour vivre. C'est à prendre ou à laisser, je suis chrétien, j'exige que tu le sois; mes ateliers sont en mêm:! temps des maisons de piété. Soumets-toi ou pars. >> Voilà ce qu'en France (et il en est de même dans les autres pays} quelques centaines d'industriels disent à des centaines de milliers de prolétaires, ainsi broyés dans le plus intime de leur être, et pour les. économistes, dits libfraux, cette odieuse main mise sur les consciences s'appell! le légitime exercice de la liberté du travail. Si les tenants de l'ancienne forme religieuse devenue incompatible avec la mentalité moderne, se font oppresseurs pour résister aux injonctions du progrès, les fanatiques de l'ancienne forme familiale, qui n'est pas moins condamnée par les progrès moraux et sociaux, tentent de rajeunir par le sang. le vieux dogme de l'indissolubilité matrimoniale et de l'asservissement de la femme.Il en est du moins ainsi en France,où l'assassinat passionnel est devenu un objet de glorification. Non seulement tous les assassins qui prennent la jalousie pour prétexte sont acquittés par les jurys bourgeois; mais encore ils sont loués par une certaine presse et ovationnés par l'ignoble foule des cours d'assises. On vient encore d'en voir un triste exemple avec cette femme Reymond, née Defly, qui, non contente de tuer sa rivale, s'acharna sur elle avec une férocité de scalpeuse, jusqu'à ce que le poignard se brisât dans les chairs palpitantes de l'infortunée jeune femme assassinée que par surcroit, l'avocat Decori traina moralement sur la claie pendant toute une audience. N'importe. Au lieu de s'indigner de cette aggravation de l'assassinat la foule applaudit le peu scrupuleux Decori et se précipita autour de la voiture de la meurtrière pour la ffüciter et lui serrer la main, cette main rouge encore du sang d'une toute jeune femme. Se voyant ainsi approuvés, les jurés ont pu se croire justes. Qu'ils ne gardent pas cette illusion.
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