La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

,662 LA REVUE SOCIALISTE laqnelle, la classe ouvrière, dans la société actuelle, a le »en liment d'être condamnée. On conçoit que le prolétaire soit amené à lutter contre un tel état de choses, par une impulsion aussi vigoureuse que naturelle, celle qui porte tout homme à s'aµproprier ce qu'il a fait, à recevoir une rémunération, ayant un rapport non dérisoire avec son travail. Oui, profiter de son travail, au lieu d'en voir profiter ceux qui ne travaillent pas, telles sont la pensée et la Yolonté intimes de la classe productive ouvrière, en face de la dasse possédante capitaliste. Dans cette lutte, basée sur une notion bien simple du droit, il ne manque pas d'admirables sacrifices individuels accompli,s en vue de la réussite et du bien communs. Combien de fois n'avons-nous pas vu les ouvriers d'une usine, qui jo1Jissaient d'une situation, par exception, favorisée et mème privilégiée, comparativement aux autres ouvriers de la même industrie, risquer de perdre tous les avantages, et se mettre subitement eu grève,sans form ulerpour eux-mêmes,aucune réclamation,simplement pour ne pas nuire au résultat d'ensemble que devait avoir· sur le sort de le11rs camarades, la grève de lïndustrie entière 1 De semblables faits se sont produits dans toutes les dernières grèves. Dans celle de la Verrerie française de septembre passé, les verriers de Carmaux possédaient non-seulement cert11ins arnntages, mais le tarif même qui faisait l'objet principal de la. grève; ils n'en ont pas moins chômé pour renforcer les revendications de l'industrie entière ; et ainsi aucune source d'approvisionnement n'est restée ouverte en France au commerce de la verrerie. De même dans les grèves belges du printemps 1891, les mineurs de ~laricuront ne possédaient aucun sujet de plainte contre leurs patrons; ils ont même pris soin d'1mprévenir ces. derniers, et ils ont ensuite apporté _leurquote-part à cette grande manifestation gréviste. Rien n'aurait pu les déterminer à faire diversion dans le moLivemen t général. Le mouvement ouvrier accuse, en effet, un remarquable en-- semble.Son internationalisme ne demeure pas chose vaine.Sans parler de la manifestation du 1er Mai Jans les Deux-Mondes, que de fois les prolétaires d'un pays, d'Angleterre, d'Allemagne, par exemple, n'ont pas fait passer la frontiére à des secours destinés à leurs camarades de France, de Belgique. Ces seconrs, il est vrai, n'arrivent_ pas encore à peser lourd, mais étant dounées les. minines ressources de la classe ouvrière, ils n'en indiquent que mieux l'effort et le sacrifice sur lesquels ils reposent. De tels. actes de solidarité s'étendant sur la masse aussi vaste et aussi' compacte que celle du prolétariat producteur, ne peuveut êtr~

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==