La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

600 LA RE\"UE SOCIALISTE jury à excuser le mari qui tue sa femme dans le cas de flagrant délit d'adultère? Pourquoi le délit d'adultère de la femme peut-il être constaté et puni en quelque lieu qu'il soit commis, tandis que le mari n'est punissable que s'il entretient une concubine au domicile légal? Un drame r~cent a rappelé l'attention des penseurs sur cette inégalité choquante. Dans une de ses chroniques quotidiennes du 9?._.1ppel, M. Vacquerie faisait entendre une sincère et éloquente protestation, il y a quelques semaines, encore, contre cet article inique. Qu'on me permette de citer la conclusion de cette chronique: « L'instruction et les débats diront ce qu'il faut en penser, mais, quel qu'ait été le motif pour lequel M. Deacon a criblé de balles M. Abeille, puisque cc meurtre a remis l'article 324 à l'ordre du jour, il faut saisir cette occasion d'en réclamer la radiation. ,< Fût-il prouvé que Mme Deacon a été la maîtresse de celui que son mari a tué, et y eût-il eu flagrant délit, quelle est la peine dont le code frappe l'adultère de la femme? li frappe la femme et son complice d'un emprisonnement de trois mois au moins et de deux ans au plus, et et d'une amende de cent francs à deux mille. « Et quand la loi ne condamne J'adultère qu'à J'amende et à la prison, un individu s'arroge le droit de les condamner à mort! Au mépris du principe qui défend de se faire justice soi-mème, il se fait, dans sa propre cause, justicier et bourreau. Il outrage la justice autant que l'humanité. « li est temps qu'on efface du code ce hideux reste de barbarie, le droit d'assassiner. » 'Rappel du 25 février 1892.) Il importe en effet qu'un si monstrueux préjugé disparaisse, et il faut compter sur sa disparition prochaine. (}µ'importe l'immonde « Tue la ! » de M. Dumas fils ! Qµe vaudra ce .blasphème anti-social, aux yeux de la postérité? De rayonnants génies, en qui s'incarnera notre siècle, un Hugo, un Balzac, auront assez de fois affirmé l'iJéal de justice de notre époque, pour que, plus tard, on se garde de conserver même le souvenir d'un mot si déshonorant pour celui qui l'a prononcé. En terminant cette étude, nons espérons avoir prouvé sinon que Balzac fût un socialiste - comme nous le comprenons aujourd'hui - au moins un démocrate fortement accentué en dépit de son éducation et malgré ses prétentions monarchiques. A propos de l'Argmt d'Emile Zola, j'ai déjà exprimé ici mon avis sur ce phénomène de dualité, fréquent chez les artistes. N'est-ce pas notre ami et collaborateur Georges Renard, qui a signalé dans un de ses livres de critique le socialisme de Musset? Ce n'était pas plus un paradoxe que le socialisme de Balzac. La conception socialiste est tellement juste et humaine, qu'il n'est

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