La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

583 LA REVUE SOCIALISTE Est-il donc indiil'érent qu·au jour ou cette Révolution éclatera - comme elles éclatent toutes quand elles sont mùres: par un événement extérieur ou un incident inattendu - ce qu'on .appelle le quatrième Etat n'ait, dans les Assemblées électives qui, ù tous les degrés, constituent le gouvernement, aucun représentant, aucun mandataire, aucun ami : on bien, que, grâce i'\ l'organisation progressive de ses forces, par la création et la fé,lération de ses syndicats et de ses groupes, il ait réussi à y faire pénétrer une minorité plus on moins considérable de partisans? Est-il indifférent,quand on assiège une place, qu'on n'ait au- <ledans, aucune intelligence, aucun allié : ou, au contraire, qu'on soit parvenu, comme Ulysse dans Troie, à y faire entrer une garnison, - fùt-ce dans le cheval de bois du suffrage universel? Briser cette arme serait une folie. D'ailleurs, on ne le peut. L'abandonner ce serait une sottise, parce qu'elle n'en serait que plus aisément ramassée et utilisée par ceux qui ont intérèt ù s·en servir contre le prolétariat. Elle est défectueuse, assurément. Mais nos ancètres de l'àge de pierre, sous le prétexte quïls n·avaient pas d'outils perfectionnés, auraient-ils eu raison s'ils avaient renoncé à équarrir leur;; ~ilex grossiers? Usons du suffrage universel du mieux que nous pourrons. Si, par lui, nous ne réussissons pas â enfoncer la porte de la Constitution, du moins avons-nous la chance de l'ébranler et d'en faire craquer les joints. Autant de bPsogne faite pour le jour de la poussée finale. Et d'ailleurs, disons-noùs-lA bien : le suffrage universel, -c'est l'àme mème du régime démocratique. C'est le fondement nécessaire, inévitable, des institutions socialistes de demain. Car il est impossible de concevoir aucune collectivisation, sans un régime représentatif; et il est impossible d'imaginer aucun régime représentatif, sans que les représentants soient les mandataires élus des représentés. l'\ous marchons à la Révolution, cela est certain, cela est fatal. Du moins marchons-y en serrant nos rangs, comme une armée, et non pas comme une cohue. Nos arme::; sont faibles, il est vrai. Est-ce une raison pour les abandonner à l'ennemi? Désarmés, en serions-nous plus forts? Nous avons le suffrage uni verse!: gardons-nous de le lâcher. Le jour où, au lieu d'être divisés comme ils le sont trop encore, les salariés seront nnis comme ils devraient déjà l'èLre, le suffrage universel, en leurs mains, sera, sinon l'arme décisive, du

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