La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

REVUE DE LA PRESSE 501 Le pauvre descend dans la b,·ousse et se fait bt·igand. Malheur à l'être humain qui passern I Quel qu'il soit, de mon escop~tte ou de ma l)Ombej'en ferni une victime! En·eur ! la société est évidemment mauvaise, fé1·oce, même pour ses petits; mais les sièrlcs nous ont transformés et l'ont transformée ; la fé1·0eité est moins grande, la mérhanceté diminue toujours; la bonté. re mot inconnu il y a vingt sièrles, a fait son apparition dans le monde: elle y est -encore petit enfant, mais l'enfant grnnùirn. La société renferme en son sein deux éléments que les ana1·rhistes confondent: un f'l~mrnt conservateur et un élément 1·éfol'lnateur toujoms en lutte ; le rontrnt sorial est dis<·uté dans toutes ~es parties et fatalement, en vertu d'une lo_qique qui virnt de la fatalité des lois naturelles, chaque siècle, chaque année. rhaque jour. rhaque seconde, amène un pru plus de <11·oitu, n peu moins d'abus; le contrat n'a .iucun caractère de pern1anence, il se modifie sans ces ·e. La société opprime encore; mais moins que le désert, moins que la fori-t vierge, moins que la t1·ibu. moins que le sauvage qui ne reconnait que la loi du plus fort et qui fait de l'esclavage jusque sous sa tente. Abraham peut im1,unément sacrifiet· Isaac: Jephté sa fille; aujourd'hui Abraham passerait en cour d'assises pour tentative d'assassinat et Jephté sernit exécuté. Nous sommes encore des barbares, et la gue1·1·en'a pas disparu <le nos mœurs; mais le passé, c'est la guerre sans intermittence et avec un luxe de eruauté que nous abominons. La grande torture, les coins, les tenailles, la roue, l'éca1·tellement sont de l'histoire. Il y a des gens qui meu1·ent de faim; mais il avait autrefois des famines -ence pays de France qui frappaient des villes entieres, des régions entiêt·es. Entre le paysan de La Bruyère et le nôtre il y a un abime. La société a donc en elle plus que l'ombre de l'espérance, il y a l'espoir fondé. Est-elle bien? :i'on. Nous ne cessons <le le dire avec la proclamation des droits: « Tant qu'un seul citoyen est opprimé dans son ~01·ps et dans son esprit, il n'y a pas de justice ! » Mais allons-nous pour cette raison, pou1· ne pas faire comme les autres, pour poser, par excès, et aftn de nous venger d'un mal en commettre un pire: IJrùler, piller, assassiner, vivre dans le c1ime, respirer l'attentat? Han d'Islande n'a rien qui nous charme. Nous sommes les rëformateurs ; nous vivons des foules, nous nous identifions avec elles; c'est en étudiant nos maux et en associant le peuple, le grand peuple du travail, à nos pensées, que nous voulons réformer. La Bastille a été détruite par le peu pie, en plein jour. Le 10 Aoùt a P.téfait par le peuple, en plein jour. Voilà ce que nous aimons, voilà ce que nous comprenons. La liberté de penser aJfirmée dans le sang de nos pères ; la haine du despotisme éclatant <lans une bataille farouche, mais sublime. \'oilà ce qui assure le progrès. La Révolution, celle qui s'afftrme par la Convention, par la Commune, par les clubs, par les sections a1·mées, c'est la nôtre. Mais celle qui se cache, celle qui rampe, celle qui substitue à l'horreur <les massacres de Fourmies l'horreur des explosions de Paris; celle qui remplace la liberté de l'exploitation par la liberté de la dy11amite, nous ne la connaissons pas, nous ne voulons point la c·onnaitre. Ennemis de tous les despotismes, nous haïssons le despotisme anonyme lançant la bombe, comme le despotisme connu lançant sur nous ses agents, ses gendarmes et ses soldats. A qui profitent les attentats des derniers jours ? A la réaction indubitablement. Tout cela est très vrai. .IHAXENCE RoLOES.

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