La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

4.1 L.\ REVUE SOCIALISTE de s'éloigner ;11nom de l'intérêt général et par dévoueme11t, il accepte un exil ile cinq ans. Arrivé à Bruxelles, où il comptait se fixPr, il rP,;oit, snr les injonctions du gouvernement français, l'ordre de q11it1er la Belgique et vient s'établir à Londres. C'Pstde ce s{•j,,111lo· ng et involontaire dans la capitale des IlesBritanniqup,., 111·esst ortie !'Icarie. M. Guizol, avec ses tracas;;eriesjudiciaires, a élé le promoteur inconsci1•1t d'une conception qui ne seseraitjamais produite sur le co11ti11,•11rutropécn, car elle 11epouvait naitre qu'au milieu des bro11i ! lards de la 'l'a:nise et au sein d'un climat où la rèverie est u II antidote contre le spleen. Consiùéra11tLondres, cc désert d'hommes pour l'étranger non fortuné l'fl11ime une vaste p1·ison. ainsi qu'il s'exprime luimème, Cabet,, plonge dans un travail de dix-huit heures par jour, avr,· l'idt'·, de se rendre utile, sans doute, mais aussi pour échapper à 1'P11nuqi ni l'accable. li se met à rédiger, après un résumé de l'lli--toireUniversclle, un abrégé de !'Histoire d'Anglllterre. Ari-i~t'•au règne de Henri VII[, il s'intéresse vivement .augrand chan ,•lier Thomas More ou Morus, intègre homme d'Etat et latiniste érudit, décapité pour n'avoir pas rnulu se rendre compli,.,, du renvoi dr Catherine d'Aragon.Afin de mieux .:i.pprofondir c-,· noble caractère, que le catholismc avait malheureusement ta<h{•d'intolfrance, il se met à lire r Utopin, œuvre dans lcgenrp dr la République de Platon. Ce qui était, tout porte à le rroi1·,•, un simple badinage d'imagination da11s l'idée de Morus, fr.,;,pa l'esprit de l'ardent bourguignon comme une conception sér11•usrdigne d'être mise en pratique. Il se srnLit illuminé et, nttaché jusque là à la tradition de la première république, il'" d{•clara communiste. L'école jacobine l'avait, il faut le dire, 1,rt'•paréà celte transformation, car sesapotres ont toujours mie11\ compris l'égalité que la liberté, faisant de cette dernière non Il' point de départ mais le couronnement de l'édifice,cc qui lui .Ionne une existence précaire, arbitraire, soumise aux cxigencr,- lu moment. Yoici en quels termes convaincus, Cabet exprim,, son enthousiasme soudain pour le pays imaginaire de Thon,as ::\Iorus. "l\falgré li>snombreux défauts de cet ouvrage,surtoutsi on en veut faire l';1pplication aujourd'hui, je fus trllement frappé de son idéé fon lamcntale, que je formai le li He, sans vouloir m'en rappelPr les détails pour méditer sérieusement snr cette idée de la co111nunauté, que je n·avais jamais en le temps d'approfondir, do111inéquej"i'.•tais, comme presque tout le monde, par cette aver:g-leprévention qui proscrit la communauté com:ne une chimère.

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