La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

CABET ET LF.'- ICARIF.1-S 317 cc La Communauté Icarienne adopte ponr religion le Chris- « tiaoisme dans sa pureté primitive. >> Qu'e t-ce que le christianisme primitif? c·est celui qu·en eigne Cabet dans son V,•ai Christianisme. C'est la loi. Donc, pas de murmures, ni de critiques. Défen e de mettre en doute, - sous peinr d'expulsion, - l'existence d'un Dieu personnel et l'immortalité de l'âme, tant que la majorité qui a voté par les deux dogmrs ne sera pas devenue minorité. Au moins c'est la déduction logique de l'article qui proclame l'omnipotence du plus grand nombre. ~lais il n'est probablement jamais entré dans l:i pensée du législateur d'être aussi con éqnent, si nous prenons pour former la doctrine qu·expose le T'oyage e,i Jcr,,•ie: Un Dieu unique, créateur, père, architecte de l'UniYers y est mis en relief et 110 des interlocuteurs nous dit: • J'aime à croire que l'ùme est immortelle. » ~lais, à côté de cela arrire la déclaration suivante: « Les matérialistes sont tolérés. Les pcn'.•cutcr serait un acte d'injustice et de barbarie, tout aus i bien que si l'on pers<'.,~ eutait ceux qui sont de l'avis de la minorité dans les questions d'astronomie et de médecine. » En ce cas, doit-on se demander: pourquoi avoir voté l'admission d'un christianisme primitif? N'est-ce pas une inconséquence? Et n'en est-ce pas une autre après avoir établi une croyance, de n·avoir pas institué un culte 1 Il faut <lire qu'il n'y en avait pas l"ombre dans la communauté de :\"aurnc,, quoique lord W. Carisdall, ait YU, dans son voyage,non seulement des temples pour adore;• en commun, mais encore des prêtres et même des prêtresses. Pourtant Icar, le pseudonyme romanesque de Cabet, avait convoqué un grand conseil qui décida que la Bible était un ouvrage hum:iin, qu'il n'y a jamais en de révélation et que Jésus n'est qu'un homme, qui mérite le premier rang dans l'humanité par son dévouement il. ses semblables. Ce christianisme-là se réduit au déïsme de Voltaire et de Rousseau. Mais leur disciple, à l'exemple de Robespierre, en a voulu tirer une religion qu'il rend obligatoireafin que l'unité existe partout. Cet amour excessif de l'unité est. chez Cabet une préoccupation constante, et l'empêche de comprendre comment l'adoption d'une croyance officielle viole la. liberté de conscience. La souveraineté appartient à la Communauté, réunie touteentière dans nn agora ou dans un forum. Tout citoyen mâle, âgé de vingt ans, exerce sa part de souveraineté par un vote publié et signé. Les femmes, groupées séparément, n'ont qu'un vote consultatif, et seulement sur les questions qui les concernent particulièrement. Il y a deux grands pouvoirs: le pouvoir-

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