La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

312 LA REVUE SOCIALISTE nettoyer, des ustensiles à brillanter, des enfants à débarbouiller, vêtir, dévêtir. Ajoutons balayage, époussetage, lits à faire, souvent blanchissage, repassage, raccommodage. Nous voilà loin de la journée de huit heures. Disons quatorze. La ménagère doit la subir, quels que soient ses goûts, sa vocation. Quand elle ()Stfrêle, quel écrasement! quand elle est lettrée, artiste, quelle douleur! A ce métier, ses doigts, qui parcouraient le clavier sonore, se déforment. Le foud des chaudrons, quel vilain musée! Le récurage des casseroles, quelle pauvre lecture I Besogne brutale de mécanisme. Certes, il fait bon vivre en famille, dans des liens de tendresse, festiner avec des amis; mais ce bien ne doit pas se payer de l'esclavage féminin! Avec l'économie de ressorts, appliquée aussi au ménage, avec le machinisme, les cuisines sociales substituées aux cuisines familiales et individuelles, l'avenir verra une énorme réduction du travail domestique; où la corvée dévore dix heures, il faudra une heure. Où s'exténuent dix ménagères pauvres ou dix servantes humiliées, suffira un être libre. La vie domestique transformée est une condition sine quâ non de l'affranchissement de la.femme. Les collaboratrices qui auront le goût de mettre la main à la pâte, et pour une durée quotidienne de leur choix, ne vivront plus alors, comme la ménagère, dans un bagne ! LA PROSTITUÉE. La femme qui, sans aucun penchant charnel, sentimental ou intellectuel pour un homme, le premier venu, lui livre son corps par cupidité ou afin de pouvoir vivre. Ces derniers mots terribles délimitent une catégorie particulière : celle des filles publiques, inhumées vivantes irrévocablement dans le mépris. Pourquoi plus de mépris à elles qu'à d'autres femmes qui se vendent? A cause de leur misère, de leur prostitution à bas vrix. Les dégrafées possédant un lit acceplable et se faisant payer la séance vingt francs, sont beaucoup moins couvertes de boue que les pierreuses à vingt centimes. Celles-ci, les plus pauvres, sont naturellement les plus écrasées; car le mépris décroit en raison inverse du tarif de la prostitution. La vendeuse de plaisir que les clubmen achètent pour unP, nuitée quelques milliers de francs, est louée dans les échos mondains, reçoit des artistes

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