220 LA REYUE SOCHLISTE leurs richesses, n'ont garde de se fédérer pour assurer la paix. pour répandre la justice dans le monde, après les avoir instaurées chez elle ; pour se donner en exemple à l'humanité dont, malgré leurs démérites, elles sont encore l'avant-garde. Au lieu d'assumer cette mission tutélaire, elles se barricadent derrière leur vaniteux particularisme, s'armeni -épouvantablement les unes contre les autres pour être prêtes au premier signal que donnera un empereur à l'àme inquiète, un ministre nerveux ou un Parlement d'incapables, à déchainer une tempête guerrière qui détruirait des peuples entiers et ferait oublier, par une plus mongolique destruction, les trainées de sang que les Alexandre, les César, les Omar, les Gengis-Kan, les Tamerlan, les Charles Quint, les Napoléon ont laissées dans !'Histoire. Une légende antique bien touchante rapporte qu'un jour, du haut -de !'Olympe, Zeus, pris de pitié pour les peuples qu'opprimaient et pressuraient les rois et leurs soutenants de la caste guerrière, suscita la guerre de Troie pour que ces héros trop coûteux à entretenir et -<< fardeau inutile de la terre ,, comme dit le vieil Homère, s'entretuassent bravement sur les bords du Scamandre et délivrassent ainsi les peuples de leurs exigences et de leur tyrannie. Le fougueux Pierre l'Ermite, parcourant la France pour prêcher la guerre sainte et pousser vers Jérusalem des hordes innombrables de seigneurs cruels, avides et pillards, qui, pour les trois quarts, y trouYèrent la mort, fut certair.ement, sans le vouloir, un des bienfaiteurs de l'humanité. En effet, la naissante civilisation occidentale aurait peut-être péri, si les Turcs et les maladies pestilentielles n'avaient fauché par myriades les aventureux et rapaces féodaux, pour qui le pillage et le massacre des serfs de la glèbe, livrés sans défense à leurs brigandages était Yie ordinaire et jeu agréable. Autres sont maintenant les situations, la conflagration ne porterait pas la mort, dans les rangs de la minorité dirigeante et capitaliste, -elle faucherait presque exclusivement dans les masses profondes du prolétariat qui justement proteste contre la guerre et veut la paix internationale, la liberté républicaine et la justice sociale, sans pouvoir les imposer lui qui pourtant est le nombre. Telle est l'ironie, telle est la tristesse de la situation présente. Nous assistons, attérés et impuissants, à ce phénomène absurde .autant que néfaste: la barbarie renaissante d'une grande efflorescence industrielle. La contradiction veut qu'on l'explique! Nous y reviendrons et de l'explication historique découlera, pour tout esprit non prévenu, l'inéluctable conclusion. B. MALON. (à suivre)
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