La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

210 LA REVUE SOCIALISTE mais bien que l'absurdité des contreforts qui l'empêchent de s'écrouler a pénétré dans la conscience des prolétaires et que, par conséquent, une transformation s'impose ; il faut leur montrer que la lutte est un épuisement insensé de force, et que plus elle est longue et obstinée, plus sûremer.t elle mène à des malheurs plus grands, à des pertes plus grandes. li faut démontrer tout cela par un calcul de double comptabilité, par une balance claire du doit et de l'avoir. En un mot le nouvel ordre doit se présenter non pas comme un glaive menaçant. mais comme une force gardienne. Le socialisme doit non seulement sauver tout ce qui est digne de salut, il doit aussi laisser une libre action à tout ce qui n'est pas un empêchement pour lui, à tout ce qui est hétérogène, original. Malheur à la Révolution qui, pauvre d'esprit et de sens artistique, ferait de tout le passé, de toutes ses acquisitions, un ennuyeux atelier, dont l'a\·antage consisterait dans la subsistance et seulement dans la subsistance. ! » Nous aurons souvent à développer dans les notations qui vont suivre, ce point de vue qui est le nôtre. ) l. - LE SOCIALISME ET LES FORCES MORALES. Le mal it,rnt à /a. fois moral el social, c'est dans la rùio1Jation morale autant que d.1us les redrtssemcu/s politiques et iconomiques q11'iflaut cberch~r le remede, par suite le Socialisme doit j,ire appel à toutes les activitis progressistes el à toutes les bo11nesvolontés altruistes.- Efficacité n01Jalricedes forces morales. Dans une des plus belles pages de son VoyageSmfimental, Lawrence Sterne salue et glorifie « la douce bienveillance » la divine applanisseuse des routes de la vie,qui lui ouvrait toutes les portes françaises. Jïnvoque aussi la déesse pour qu'elie prédispose le lecteur à prèter son indulgente attention à ces préliminaires théoriques, jalons inJispensables à la bonne orientation des libres excursions que nous entreprendrons ensuite, à travers l'embroussaillcment peu exploré des livres et des faits socialistes. Je m'efforcerai, au surplus, d'arriver à la clarté et à la précision sans trop tomber dans la sècheresse, et la tâche me sera facilitée par le fait que lorsqu'on traite du socialisme, c'est un sujet passionnant et de toute urgence que l'on aborde. li n'est plus besoin, en effet, comme au temps de Lassalle, de gravir le sommet de la montagne de la pensée, pour voir émerger à l'horizon social des lueurs annonciatrices d'un nouveau cycle dans l'histoire du monde. Déjà c'est l'aube qui blanchit tout un pan du ciel, chassant devant elle les séculaires ténèbres et portant une lumière

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==