La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

LA CRISE RÉVOLUTIONKAIRE EN RUSSIE 77 fluence de ce tableau doré, enrichi de bijoux; et il serait extraordinaire qu'il n'étendit pas son blâme à l'église qui non-seulemen t tolère, mai~ encore encou rage de pareilles superstitions. Et cependant, d'après l'article 177 du Code pénal, cet homme devrait être exilé pour la vie dans les contr{ies les plus lointaines de la Sibérie ! Au cours de l'élé 1886, en visitant avec ma femme une des cathédrales les plus révérées de Moscou, j'aperçus un certain nombre de paysans russes qui baisaient dévotement une trentaine de fragments osseux, placés dans les carrés d'un échiquier de velours ; c'était, parait-il, los os des doigts de plusieul's Saints. La plupart des paysans les pressèrent tous, les uns après les antres, sur leurs lèvres, etje ne pus m'empêcher de communiquer à ce propos une réflexion ironique à ma femme. Cette réf1exion, les antorité:S ecclésiastiques l'eussent indubitablement considérée comme un blasphème; et si [avais été russe, j'aurais été exilé, peut-ètre même condamné à la servitude pénale. Il faut considérer, en outre, que les rites de l'Eglise orthodoxe sont parfois extrêmement nuisible:; à la santé générale: entr'autres la cout11mede baiser des images consacrées et des reliques. Rien ne propage plus vite les maladies contagieuses et les terrible'> ravages de la diphtérie, dans certaines provinces de la Russie d'Europe, sont généralement attribués à cette dévotion. Un os poreux, ù moitié désagrégé, que baisent des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants devient avec le t.emps une cause certaine de contagion. QuanL à l'assurance üounée par les popes que l'application des lèvres sur ces débris hu_mains est agréable à Dieu, ou profitable aux hommes, elle me parait au suprême degré immorale et criminelle. Si j'étais russe et si je vivais· eu Russie, j'exprimerais indubitablement cette opinion à la première occasion ot de la façon la plus vigoureuse, la plus catégorique. Pour ce fait, grâce à l'article 177, je serais condamné comme blasphémateur et déporté, les fers aux piods,dans 10.scontrées les plus lointaines de la Sibérie. Les bla~phèmes et les railleries ne sont pas cependant les seuls crimes visés par le titre II. Tout un chapitre est consacré à l'hérésie et à la dissidence. Des peines de la plus cruelle sévérité sont prescrites pour quiconque abjurera la Foi orthodoxe, pour quiconque se séparera de la véritable Eglise et enfin sera convaincu d'h6résie. L'article 181, par exemple, décrète que « si un Juif ou un M;lhométan, par persuasion, séduction, ou tout autre moyen, induit un chrétien orthodoxe à renoncer à la véritable Eglise pour se convertir à la foi Israëlite ou Mahométane, il sera privé

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