La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

736 LA REVUE SOCIALISTE gigantesques entreprises indnstrielles de notre siècle font de ronvrier L'esclave de la machine et créent l'antagonisme entre le travail et le capital. Des esprits généreux, lord Shaftesbury, en Angleterre; Bourcart, Dollfus, à Mulhouse, ont cherché à atténuer les inconvénients qui résultent pour l'ouvrier de ce développement gigantesque du travail industriel. L'Autriche, la SuissE', les Pays-Bas, la Russie, ont tour à tour adopté des lois destinées à protéger l'ouvrier dans sa lutte inégale contre le capital; le gouvernement allemand vient de soumettre au Reischiag des mesures protectrices ; dans ce mouvement humanitaire la France s'est laissée distancer par toutes les nations, sauf par l'Italie, rEspagne et la Belgique. « On a cependant fait quelque chose dans notre pays ; en 1841, une loi interdisait d'employer au travail industriel les enfants au-dessous de 8 ans et de les garder plus de 8 heures par jour; en 1848, une loi fixe à 12 heures la journée de travail pour tous les ouvriers, cette loi est restée inappliquée, faute de sanction pratique. En 1874, nouvelle loi décidant que l'enfant ne pcurra pas être employé au-dessous de 12 ans, interdisaut le travail des femmes Jans les mines et créant nn corps d'insp~cteurs chargés d'appliquer la loi. Enfin, depuis 10 ans, de nouveaux projets de Loi ont été présentés; renfant ne sera plus occupé dans les ateliers qu'à partir de 13 ans, àge où il sort de L'école primaire. La protcr.tion est étendue aux femmes. Deux mesures principales s'imposent ici aux législateurs: fixation de la journée de travail; interdiction du travail de nuit. « Dans la plupart des industries la journée de travail pour les femmes est de 12 heures, c'est-à-dire 14 heures de présence effective à ratclier; l'ouvrière part de chez clic à 5 heures du matin, elle rentre à 8 h. ;~ du soir. Que devient dans ces conditions la vie de famille? les enfants sont abandonnés; le mari va au cabaret, la famille n'existe plus. « Le travail de nuit a des inconvénients plus graves encore au point de vue de la famille; de plus il épuise la santé des femmes qui y sont employées; dix ans de travail de nuit fatiguent plus que vingt ans de travail de jour. Les mères de famille anémiées par ce travail anormal nous donnent des générations étiolées. Dans les Vosges on a éliminé cinquante-quatre conscrits avaut d'en recevoir un. « Tels sont aussilesrésultats de l'enquête parlementaire sur les conditions du travail que le conférencier nous fait connaître; des détails navrants révélés par M. "\Vaddington ont plusieurs fois ému L'assistance. Aussi lorsqu'en terminant sa conférence l'orateur nous a invité à agir personnellement pour le relève-

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