La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

614 LA REVUE SOCIALISTE demanda avec instance la force armée. Prenant ainsi toute la responsabilité des conflits sanglants qui pouvaient survenir. On aurait dù pour le moins, révoquer ce singulier magistrat communal. Au lieu de cela, on a découvert que le socialiste Culine n'était pas, parmi les jeunes gens, les jeunes filles et les enfants de trois ans, perforés par les balles perfectionnées et si effroyablement meurtrières du fusil Lebel. On découvrit aussi que Paul Lafargue avait, six semaines auparavant, à quelques kilomètres de là, fait des conférences socialistes. Vite on livra ces. deux citoyens anx intelligents jurés bourgeois qui acquittent si régulièremrnt tous les tueurs de femmes et toutes les vitrioleusesd'hommes, au nom de la famille; mais, cette fois, il s'agis-• sait de la propriété, ils n'acquittèrent pas. Culine fut condamnéà six ans de réclusion et Lafargue à un an de prison. Les gouvernants espérèrent ainsi avoir détourné sur des socialistes, l'indignation publique. Il n'en était rien. Les électeurs de Lille et de Douai, l'ont montré par leurs 5.000 suffrages du 25 octobre et par leurs 6. 500 suffrages du 8 novembre.. L'élection de Paul Lafargue, un des meilleurs écrivains du socialisme français, n'est pas seulement un triomphe socialiste; c'est une victorieuse et énergique protestation de l'honnêteté publique. C'est bien là le caractère que lui a donné Millerand, en visant particulièrement M. Constans dans ses discours de Lille. Paul Lafargue l'a d'ailleurs compris ainsi, à preuve le manifeste suivant adressé aux électeurs de la première circonscription de Lille, immédiatement après le vote du 25 octobre. Le Socialiste du 1•rnovembre en donne le texte qui sera ici à sa place. Citoyens, 7. 2ï7 votes, sur 11.51:1,ont été donnés aux d0ux candidature de prot~station; vous avez remporté une p1·emière victoire sui· l'ennemi commun, contre Constans et la bande d'opportunistes qui envahissent les préfectures et les places et s'engraissent des biens <lela natbn. M. Constans s'imaginait qu'en me gardant en prison, malgré les demandes réitérées des électeurs de Lille, des chambres syndicales et des organisations socialistes de France, il dèl>anassait le terrain électoral pout· son candidat ofliciel Depasse et pou1· son pis-aller Bère. Mais il comptait, le gros malin, sans le Conseil national du Parti ouvrier, qui envoya de Paris et de Calais les amis Guesde, Delcluze, Ferroul et DucQnet·<'ypour porter le concours de leur dévouement et de leur talent aux socialistes de Lille. La candidature que, par votre vote, vous avez dressée contre le gouvernement des fusilleurs n'est pas celle d'un homme, mais eelle du parti socialiste tout entiei· et de toute la population honnête et généreuse, s'unissant pour pl'otester contre le m11ssacre de Fourmies et la comédie judiciaire de

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