La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

57G LA REVUE SOCIALISTE Considérants et l'article premier du programme que nous avons également souligné, posaient en prJncipe que l'Etat actuel pouvait être amélioré et devenir ainsi l"Etat de l'Avenir. Or, dans l'école marxiste, on ne considère l'Etat que comme l'organisme de la domination d'une classe sur les autres. Partant de là le premier acte du prolétariat au pouvoir devra être non pas de réformer l'Etat, mais de l'abolir. Par ces mot.ifs et autres qui sont énumérés dans sa longue, incisive, méticuleuse et impitoyable protestation, Marx qualifia le pacte de Got.hade« programme de capitulation et de réaction.>> Les membres dirigeants du parti d'Eisenach passèrent outre, estimant, avec raison, que l'accord avec le parti lassallien valait bien le sacrifice de quelques négations doctrinaires. Maintenant la situation est antre; l'idée lassallienne aLtcinte successivement par l'expatriation de Vahlteich, l'expulsion d'Hasselmann E:t la mort d'Hascnclever, de Gcib, de Fritziche et de quelques autres de ses propagateurs et chefs des premiers jours,n'a cessé de perdre cln terrnin et elle n'a plus guère dè représentants dans le parti socialiste allemand gagné tout entier maintenant aux doctrines de ~larx que l'on veut appliquer strictement (1). Le changement de programme n'a donc fait, pour me servir d'une expression de Lassalle se rapportant à la Révolution française, que donner la consécration légale à une situation nouvelle déjà entrée dans les faits. On doit regretter que le rapporteur Liebknecht n'ait pas insisté sur les ditrérences entre l'ancien et le nouveau programme et se soit contenté de refaire, encore une fois, le résumé de la théorie de Marx sur le p1·ocessus capitaliste et sur les antagonismes économiques. Il l'a fait, d'ailleurs, avec une grande clarté : c1 Ce qu'il fallait établir tout d'abord, dit-il, c'était les causes qui ont amené la marche du développement économique, la nécessité de la lutte des classes, et le fait que l'exploitation et l'oppression des travailleurs ne sont qu'une conséquence logique du système de production en vigueur. <c Sïl y a deux classes qui se trouvent en antagonisme, il faut rattribuer à la séparation qui existe entre les travailleurs et les instruments de la production, iombés dans la propriété individuelle. A mesure que le capitalisme se développe, l'exploitation et la misère de la classe ouvrière vont en augmentant. (1) Les dissidents eux-mêmes, les Jeunes aussi bien que Vollmar prctenclent n'avancer rien de contraire à la doctrine marxiste; la prét,ention est aussi singulière que peu fondce.

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