SUPPRESSION DU TRAVAIL AUX PIÈCES ET A FORFAIT 533 l'àge et cela en définitive sans aucun profit pour lui, car il est .ainsi l'artisan ~e son propre esclavage. On doit y prendre gard~, car au fur et à mesure où la loi interviendra pour protéger les travailleurs·en fixant la durée de la journée, les patrons, là où le travail à la journée ou à l'heure existe encore, tâcheront de substituer au travail à l'heure, le travail aux pièces, _à la tàche, pour augmenter la somme de travail quotidiën produit par chaque ouvrier, et résister ainsi .aux bons effetsde semblables législations protectrices des ouvriers. On dit, pour combattre tous les autres modes de payements de travail, qu'avec le salaire à la journée ou à l'heure, à un prix _-convenu d'avance, l'ouvrier n'a pas intérêt à produire beau<.;oup et qu'on favorise ainsi les paresseux. Théoriquement, 1:elasemble vrai. En fait, il n'en est rien. Voici comment : Les patrons, les industriels, dont les ouvriers sont payés à l'heure, font exécuter le même objet par plusieurs ouvriers à la fois. Ces ouvri~rs, par le fait, ont un stimulant qui les force en quelque sorte, par amour-propre, pour ne pas se montl'er moins -courageux ou moins capables que leurs camarades, à faire plus vite que ceux-ci et c'est l.e patron qui en profite: il obtient de la sorte beaucoup de besogne pour un salaire réduit. De plus, il est admis, généralement, dans les ateliers - c'est du moins ce que nous avons vu pratiquer dans les ateliers de marbrerie dans lesquels nous avons travaillé - que vers la fin <le la journée, le patron ou le contre-maitre inscrit le nombre d'heures annoncées par chaque ouvrier,sur chaque pièceachevée ou non par lui. Il y a là encore, pour le patron, un contrôle facile et permanent qui lui permet de juger de l'inte11sité du travail ,de chacun de ses ouvriers, de faire des comparaisons et de réprimander celui ou ceux de ses salariés dout le travail coûte trop cher relativement à celui d'autres ouvriers. • Avec ce système de contrôle d'une part et l'excitation au travail d'autre· part par les concurrences que les ouvriers se font l'un à l'autre, les patrons sont assez armés pour être protégés -contre la prétendue paresse· de leurs ouvriers, d'autre part, les intérêts de la production, -bien que pour nous ils soient sec~ndaires, sont assez protégés par le travail à l'heure ou à la journée, tel qu'il est généralement pratiqué aujourd'hui.
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