La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

CORRESPONDANCE 505 CO.RRES PON DAN CE Notre ami et collaborateur A. Delon a reçu la lettre suivante que nous croyons utile de publier. Monsieur. Je viens de lire dans la 'l{evue Socialiste un a.rticle de vous sur mes Lois de l' Imitation et je ne veux pas tarder plus longtemps à vous remercier de ce compte-rendu, bien qu'il ne soit pas encore terminé. Je suis très heureJJx d'ètre présenté de la sorte au public socialiste; je m'en félicite, d'abord, à cause de l'extrême bienveillance dont vous faites preuve à mon égard ; puis à cause de votre exposé, si exact, si clair, si propre à me laver de ce reproche d'obscurité qu'on m'a si souvent adressé, je ne sais pourquoi. Enfin votre public est un public essentiellement attentif et sérieux, capable de suivre une chaine d'idées jusqu'au bout et voilà aussi pourquoi je tiens à être jugé par lui. Dans une certaine mesure ses vœux sont les miens et je ne partag~ pas - ou je ne partage plus - les èraintes que ses exagérations premières avaient suscitées. Il n'en est pas heureusement du programme d'un parti comme du système d'un philosophe qui doit être admis ou rejeté tout entier, en bloc. C'est déjà un grand succès pour un parti, mème pour un parti religieux, quand il parvient à réaliser la dixième partie de ses desseins. Cela revient à dire que les agrégats de désirs sont toujours moins cohérents, moins logiquement liés que les agrégats de croyances. Je ne puis préjuger encore les objections et les critiques que vous adresserez à mes idées, mais déjà je suis flatté de votre adhésion à mon idée mère. Elle est très simple en somme, et je ne l'ai publiée que longtemps après avoir expérimenté sa vertu explicative en divers domaines de la sociologie, en économie politique notamment où l'oubli si profond et si· incompréhensible du rôle capital de l'imitation a entrainé les écoriomistes classiques aux plus grossières bêvues. Encore une fois, Monsieur, merci, et veuillez croire à l'expression de mes sentiments les plus hautement distingués. G. TARDE. Sarlat (Dordogne), 24 septembre 1891.

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