La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

MOUVEMENT SOCIAL EN FRANCE ET A L'ÉTRANGER 503 impôts. Abolition de tous les impôts directs, douanes et autres mesures économiques qui subordonnent les intérêts de la communauté à ceux d'une minorité privilégiée. Pour protéger la classe ouvrière, le parti socialiste-démocratique demande: 1° Une législation nationale et internationale protectrice du travail sur les bases suivantes : a) Fixation d'une journée de travail normale comportant huit heures au maximum; b) Interdiction du travail industriel pour les enfants de moins de quatorze ans; c) Interdiction du travail de nuit, excepté dans les industries qui exigent ce travail par leur nature, pour des raisons techniques ou pour des motifs d'intérêt public; d) Repos ininterrompu de trente-six heures au moins par semaine et pour chaque ouvrier ; e) Interdiction du truck-system ; 2• La surveillance de toutes les exploitations industrielles et le règlement du travail dans les villes et les campagnes par un office impérial du travail, des offices locaux du travail et des chambres du travail ; 3° L'assimilation des travailleurs agricoles et des domestiques aux travailleurs industriels ; la suppression des règlements applicables spécialement aux domestiques ; 4° La garantie du droit de coalition ; .5° La concentration de toutes les assurances concernant le travail entre les mains de l'Empire, avec coopération efficace des ouvriers à l'administration. Un discours de Bebel. Voici un résumé du discours que Bebel a prononcé le 5 octobre, à Berlin: << La situation générale, telle qu'elle résulte du développement des principaux Etats européens dans ces dix dernières années, amènera prochainement, a dit l'orateur un bouleversement qui changera l'assiette politique et économique de ces Etats. En Allemagne, la bourgeoisie, dont l'avis a été préd!)minant depuis vingt ans, a régné de telle façon qu'elle a provoqué les progrès véritablement gigantesques du parti socialiste : « elle a élevé et nourri le socialisme, qui sera son fossoyeur ». Le prolétariat est devenu tellement puissant que, de l'aveu même du chancelier Caprivi, le gouvernement ne peut plus proposer une seule loi sans demander quel effet elle produira sur la démocratie socialiste. Mais ce n'est pas seulement dans la politique intérieure que le socialisme est devenu un facteur de premier ordre : il exerce égé!.lement une influence, qui ne peut que grandir chaque jour sur la politique extérieure. « L'unité de l'Allemagne, dit M. Bebel, a été faite involontairement par M. de Bismarck qui, aû fond, ne voulait que la grandeur de la. Prusse. Ce qui est certain, c'est que cette unité n'a profité, soüs la direction du prince, qu'à la bougeoisie. Mais cette unification a amené une situation générale qui ne permet plus de tenir compte que des. besoins d'une seule classe privilégiée. Elle a contribué à rendre plus. âpre la lutte économique et politique entre les di verses nations. lei l'orateur critique l'annexion de l'Alsace et de_ la Lorraine à

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