La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

MOUVE1IENT SOCIAL EN FRANCE ET A L 1 k:TRANGER 501 d, lancé avec une douzaine de ses officiers et miliciens de ce côté, il a voulu, bravoure inouïe, arrêter une armée avec une poignée de braves. « Î.e Léonidas des temps modernes, si bon, si aimé de tous, manquera, à J"avenir, -à la démocratie dont il était un des plus ardents champions, et il manquera surtout à sa noble patrie ! (( li y a longtemps que le bruit des crimes horribles commis par les Prussiens m'importunait et je croyais toujours, en le désirant, qu'il y avait de l'exagération dans <:es bruits. << Dans les trois combats de ces derniers jours, où la victoire a souri à nos armes, la réalité des miserables méfaits de nos ennemis s'est montrée dans toute sa brutale et féroce évidence. « Q~elques-uns de nos blessés, tombés entre leurs mains pendant la lutte, ont eu Je crâne broyé à coups de crosse de fusil. « Nos chirurgiens, restes selon leur habitude sur le champ de bataille, pour soigner nos blessés et ceux de l'ennemi, ont été assassinés d'une façon horrible. Miliciens, hommes .des ambulances et chirurgiens ont servi de cibles à ces barbares et féroces soldats. « Un capitaine de nos francs-tireurs, trouvé blessé ,ians le château de Pouilly, a -été lié aux pieds et aux mains et brûlé vif. << Le cadavre de cc martyr a été trouvé entièrement dévoré par les flammes. « L'indignation est au comble ; je ferai mon possible pour empêcher nos Volontaires <l'user de représailles, mais j'espère que l'Europe et le monde entier sauront distinguer et apprécier la conduite loyale et généreùse des enfants de la République, et flétrir l~s féroces procédés des soldats d'un despote. GARIBALDI. Comme expression de la pensée républicaine italienne, nous ·-donnons encore ce passage cfun récent discours de Cavalotti : (( Votre cérémonie rappelle ces jours où le héros, après les prodiges de valeur accomplis à Rome, échappait aux vengeances de la réaction, alors que celle-ci, usurpant et blasphémant le nom d'un grand peuple, infligeait à son drapeau la tache de fratri- -cide. Ah ! ce fut une étrange méprise de confondre avec les auteurs de ce forfait la France qui protestait contre lui par la voix de ses plus nobles citoyens ! Ce fut une -étrange méprise de la confondre avec les auteurs de Mentana, sur lesquels tombait l'anathème du grand poète, personnification du cœur et du génie francais. \( Il y avait un homme qui etait en droit de faire la distinction, et de se rendre juge ; et celui-là, c'était le vaincu de Mentana, le vaincu de Rome. Et lorsque l'heure arriva, lorsque la France expia par des hécatombes humaines une faute qui n'était pas la sienne, le grand trahi se souvint de la grande trahie ; et il offrit à la France tout .ce qui restait de lui. Aujourd'hui le peuple français, redevenu maitre de ses destinees, remercie Garibaldi d'avoir rendu justice à ses vrais sentiments ; et la ville natale du héros salue en lui le génie tutélaire du pacte d'amitié qui ordonne à deux peuples frères, de parcourir ensemble les voies lumineuses du progrès_ humain. « Amis, co111pag110d1'1asrmes, soldats du glorieux capitai11e,soyez nombreux auto11r a11marbre de Nice po11rétrei11drela 111ai1q1ui vous est te11d11e. « De ce marbre il tombera une bénediction qui effacera bien des erreurs et qui peut-ètre empêchera quelque crime. S'il m'est donné de me trouver à la fète de ce jour, votre modeste célebration me reviendra à la mémoire, parce que l'une et l'autre .seront, dans des proportions diverses, deux expressions différentes de la mème pens1e : une réparation moindre aura précédé une plus grande réparation. Tandis que les couleuvres et les vipères de la réaction, en France et en Italie, font entendre, furieuses, leurs sifflements autour du héros et· projettent leur venin sur sa mémoire, la réponse que vous faites aujourd"hui aux reptiles d'Italie ne sera qu'un prélude à celle que la France s'apprète a faire à ces autres reptiles qu'elle couve dans son sein. n On ne peut qu'applaudir à ces hautes et généreuses pensées. Disons de suite que la fète d'inauguration a été on ne peut plus brillante et qu'elle sera un lien de plus entre les deux nations sœùrs sur le terrain de la liberté et de la justice.

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