La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

UNE SOCIÉTÉ COLLECTIVISTE 463 Quoi I dira-t-on à un Galilée: Il faudra que tu fasses la preuve de la rota/ion de la terre le premier de l'an prochain; à un Victor Hugo: Il faudra que tu rythmes le dernier vers des Contemplations à la Saint-Sylvestre, et à un Delacroix peignant !'Entrée des Croisés à Constantinople ou à un Beethoven orchestrant sa Symphonie héroïque, on donnera le même ordre brutal? - R. Non, 6 contradicteur timoré! Cc sont là des chimères. Rappelons d'al;)ord que les hommes, à l'âge où ils toucheront leur part sociale, sans érhange de leur travail, soit cinquante-cinq ans, pourront, autant qu'ils Je voudront, se livrer à la science et à l'art, sans avoir aucun compte à rendre à la société. Rappelons aussi que, pendant une certaine période précédente, ils ne donneront, pour recevoir ccLte part, qu'une fraction du temps de travail fixé, en jouissant ainsi d'un nombre d'heures assez large déjà pour s·adonner aux recherches et aux œuvres de lenr choix. Remarquons, enfin, que les savants et les artistes, acceptés et classés comme tels dans les corporations respectives, et ne devantfaire aucun autre travail, vivront dans une société déjà trop intelligente pour leur demander l'impossible en mesurant, pour ainsi dire, leur tâche au mètre. Et si un controle social quelconque de le6rs actes devenait nécessaire, on y recourrait, voilà tout. Mais les trésors qu'ils verseront par leurs rPcherches, leurs in ventions, leurs créations esthétiques, dans la circulation des idées, les laboratoires, le machinisme, les bibliothèques, les musées, payeront largement leur entretien par la collectivité. - O. Pour certains travaux répugnants, vous avei mentionné le service qui serait; an besoin, obligatoire. Que devient, dans ~e cas, la liberté individu elle ? - R. Que devient-elle maintenant avec le service militaire, le service de l'entr'égorgement international 1 - O. Mais il faut bien que chaque peuple serve sa patrie? ~ R. Eh bien, tons les peuples unis serviront l'Humanité ! - O. Il est clair qu'un total de production, destiné à la vente, sera fixé pour une certaine période. Il devra, par prudence, excéder le total supposé de la consommation, en vue d'un déficit possible. Mais que fera-t-on des produits non vendus, au bout d'un certain temps, à des particuliers? - R. Dans cette hypothèse, s'il s'agit d'aliments, on s'en servira, ou comme engrais, on pour nourrir des animaux. Ceux. qui, par impossible,. seraient inutilisables, constitueraient une /

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