La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

UNE SOCIÉTÉ COLLECTIYISTE 159 - O. Mais, alors, on proscrira les artistes, les écrivains, en un mot, tous ceux qui voudront se livrer à un travail intellectuel? - R. Pas le moins du monde. Il y aura les syndicats de la science et de l'art. Prenez, par exemple, un auteur dramatique. Il fait recevoir une pièce par le comité de lecture; elle est jouée avec succès; il_ obtient alors une dispense de travail, s'il lui plaît, pendant un certain temps pour faire une seconde pièce. Après un second succès, il entrera de droit dans la section des auteurs« dramatiques». Mais, après quelques échecs devant le public ou le comité de lecture, il retournera dans son ancienne corporation. Le comité et le public pP-uvent se tromper, mais il pourra toujours en appeler aux nombreuses sociétés d'amateurs qui se, créeront, aux théâtres non socianx qui seront alimentés par les ressources de leurs adhérents. De même pour tous les écrivains, peintres, sculpteurs, musiciens, etc. Le pei11tre-amate1:1r, dont un tableau sera reçu pour les galeries publiques, fera partie de la corporation des artistes. Car, dans chaque commune agrandie, cantonal0, s'ouvriront des galeries publiques. Le luxe collectif et un large bienêtre pour chacun règneront d'abord, en attendant le luxe individuel. - O. Pourra-t-on dépenser moins que son revenu? - R. Sans doute. Le surplus appartiendra au Trésor public. - 0. Mais si on veut économiser. - R. Economiser? Pourquoi faire? Puisque le lendemain sera toujours assuré. Convenez que vous vouliez dire caµitaliser; mais ça, c'est le vieux jeu. - O. Et ceux qui voudront se donner un luxe d'une nature spéciale? - R. Ils se le donneront sous forme d'habitation, de mobilier, de vêtements, de gastronomie, que sais-je? Ils dépenseront tout ou presque tout sur un objet, et moins ou presque rien sur les autres. - O. Est-cfl qu'on aura également le droit de léguer ce qu'on possédera? - R. Parbleu I puisqu'on en sera le propriétaire légitime. - O. Alors, si les uns héritent plus que les autres, que deviendra votre égalité obligatoire des fortunes? - R. Mais il n'est pas question de cette égalité là. En quoi cela peut-il me nuire si mon voisin a un mobilier vingt fois plus considérable que le mien? Il sera obligé de payer beaucoup plus cher son habitation. Voilà tout.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==