UNE SOCIÉTÉ COLLECTIVISTE 453 Voilà les généreuses ardeurs! Ainsi, le but le plus méprisable poursuivi par un homme, -€St métamorphosé à un idéal de noblesse. Le besoin de savoir, d'aimer, de servir le progrès? Qu'est-ce -que ce barbouilli·s de clichés, comparé à la généreuse volupté de se voir entouré de larbins en livrée ou sans livrée qui. au milieu de vos dorures, vous chantent: , Noble Seigneur, salut!» Et voyez l'affreux résultat de l'opulen_ce pour tous, comme le promet le collectivisme: la colonne lumineuse éclairant le -chemin des hommes généreux ne r~splendira plus l Une autre pierre lancée au collectivisme: cc Reconnaissez au moins que l'espoir de s'enrichir disparu, le principal stimulant au travail disparait aussi. » Mais dans quelle classe existe donc maintenant l'espoir de .s·enri~hir, ce beau stimulant au travail? Pas chez l'immense majorité des travailleurs. des salariés? Leur intérêt consiste, au contraire, à travailler le moins pos- ,sible. Chez les spéculateurs, patrons, financiers, commerçants, notaires, avoués, huissiers, etc.? Ces parasites disparaitront -presque tous. Chez les médecins? avec l'antagonisme qui peut leur ;j_aspirer le désir de ne pas guérir si vite les bons clients, afin de s'enrichir de leurs maux le plns longtemps possible? Chez les artistes, les penseurs, les savants? Ainsi, on se trompe quand on croit que leur esprit, s'illuminant des splen- -deurs du bon, du vrai, du beau, poussé par un mystérieux ressort, suffit pour les _pénétrer d'enthousiasme, pour leur faire -enfanter de nobles œuvres? Non, pour que la chaleur monte au cerveau des artistes, il faut que dans les visions bleues de l'idéal, ils voient planer un coffre-fort; pour que Descartes, ,son front méditatif plongé dans ses mains crispées, formule fièrement son enthymême : cc Je pense, donc, je suis», il faut que sa pensée se plonge en même temps dans des louis d'or; pour qu'un Archimède ou un Newton crient, enivrés de leur triomphe: J'ai trouvé l Il faut qu'ils puissent ajouter: ... un gros capital qui leur fera des rentes ! C'est entendu. Quand les intellectuels jouiront de leur bien- .être assuré, cela ne suffira pas; adieu la science, l'art, la philosophie I Pourquoi créerions-nous des chefs-d'œuvre, diront-ils, puisqu'ils n'augmenteront pas le tas de nos billets de banque? Pouah! ne la trouve-t-on pas écœurante, cette hypothèse qu'ils se vautreront dans cette couche de bassesse ? ,,,_ . ,.
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