La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

440 LA REVUE SOCIALISTE velles. Son style est recherché, philosophique et acerbe. Comme orateur, ses discours sont trop rhétoriques, limés, polis, et passent par dessus la tête de ses auditeurs. Il a de plus une petite voix criarde, aiguë, qui surprend chez un homme de sa forte stature. C'est un argumentateur subtil, avec parfois de vives et spirituelles réparties, un rhétoricien habile, mais manquent peut-être de chaleureuse éloquence. Lorsqu'il ahandonna le torysme pour sauter d'un bond dans le camp socialiste, il entra d'emblée dans la Social Democratic Federation; mais il rompit avec cette société lorsqu'elle accepta de l'argent du parti tory pour présenter des candidats à la Chambre des Communes; il protesta vigoureusement à la tribune et dans la presse. Il fut pendant une année le rédacteur en chef d'une Revue socialiste appelée « To-day >> (aujourd'hui), qui a cessé de paraître, faute de fonds, et qui fut remarquable par son extrême indépendance et la nature mordante de ses critiques au sujet de la tactique socialiste. Ce fut principalement sous l'influence d'Hubert Bland que la c< Sociét.é fabienne >> adopta définitivement une méthode politique pratique et abandonna les violentes idées révolutionnaires que la plupart de ses membres professaient au commencement. Contrairement à ses collègues du comité, qui sont ouvertement athées ou simplement non-religieux, Hubert Eland se dit chrétien, avec une forte tendance vers le catholicisme romain. En philosopbie, il est, comme Karl Marx et Lassalle, un disciple d'Hégel. C'est un des rares Fabiens connus, qui ont pris femme, et la sienne, une Anglaise, gracile, délicate, raffinée, est une poétesse gracieuse qni l'aide dans ses travaux littéraires et s'est fait un nom en poésie sous le pseudonyme de E. Nesbit. Ils ont quatre enfants qui, élevés dans les idées du père et de la mère, grossiront probablfment les rangs socialistes de la génération prochaine. Graham W allas. Victor Hugo a inventé « l'homme qui rit», le « fabien » Graham \Vallas pourrait être appelé l'homme qui sourit; en effet, un sourire presque perpétuel voltige sur ses lèvres, surtout quand il parle en public. Ce sourire est le plus souvent involontaire et l'on voit par moments que \Vallas raidit sa bouche contre ce jeu physionomique inopportun, intrus, gênant;

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