La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

i\IOUVE:\ŒNT SOCIAL EN FRANCE ET A L'ÉTRANGER 225 Les Syndicats obligatoires. - Les dernières grèves françaises ont été le signal d'une véritable levée de boucliers capitalistes. Vœ victis ! Haro sur les syndi~ats, crie avec un ensem~le touchant la presse conservatrice de toutes nuances. Et l'on se voile la face devant les infiltrations de l'internationalisme et l'esprit grandissant de révolte. Et l'on plaint ces ·pauvres compagnies de chemin de fer, auxquelles la grève permet de faire faire d'heureux coups de bourse. Et l'on critique la loi Bouvier-Lapierre, et le vote tout récent par la Chambre d'une disposition très libérale additionnelle à la loi sur les Syndicats. Bref, l'on menace les syndicats de leur arracher les quelques garanties légales qui les entourent ou de tourner les dispositions législatives qui les protègent. Et l'on veut, écrit excellemment Jean Jaurès,<< essayer de déshonorer, sur le nom de faux ouvriers. des hommes qui ont été de vrais et vaillants ouvriers, et qui. arrivés ensuite par leur intelligence et leur énergie à une situation plus indépendante, se servent de leur indépendance pour organise_r-leurs camarades d'hier. Ceux-là, on les poursuit d'une haine particulière, parce qu'ils sont, en effet, une des grandes forces d'émancipation. » Voilà pour la République française. Voici maintenant pour la CJ(épubliqnseuisse, qui ne fait pas beaucoup de bruit mais où il y aurait toujours à prendre des leçons de droit démocratique. Là-bas on parle déjà de rendre les syndicats obligatoires. M. Favon, conseiller national de Genève, des députés au conseil des Etats, l'association du « Grütli », voient dans les syndicats obligatoires non seulement le devoir de la société actuelle, mais son salut. Nous ne savons jusqu'à quel point l'on pourrait ou l'on devrait incorporer de force les ouvriers dans les syndicats; mais il nous semblerait très naturel, selon le désir formulé par le« secrétariat ouvrier » suisse, que l'on accordât aux décisions des syndicats une certaine sanction, par exemple que l'on int~rdise à une minorité à travailler contre le gré de la majorité. Au lieu d'appuyer une minorité peu intelligente ou trop asservie, il faudrait, au contraire, protéger la majorité gréviste et ne plus en arriver à une quasi-dénégation du droit légitime de grève. ce qui est une cause d'irritation et d'excès. Il existe une présomption naturelle en faveur du bien-fondé des réclamations de la majorité, dont la liberté rendrait les coalitions plus pacifiques. C'est au nom de la liberté du travail, de la protection des droits de la minorité, que l'on édicte ces mesures qui portent atteinte à la liberté individuelle et aux droits de la majorité. Les droits de la minorité sont-ils donc plus sacrés que ceux de la majorité? Et dans ce redoutable problème que toute grève soulève, l'amélioration de la situation des travailleurs, la minorité poursuit-elle un but plus humanitaire, plus« social», une solution plus équitable que la majorité ? 15

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