80 LA REYüE SOCIALISTE M1c11EL-. Qu'est-ce que tu veux savoir? VALIN- Tu souffres. Je veux savoir de quoi. M1c11EL-. Je ,-,onffrc? Quelle plaisanterie ... Je ne vis guère que par Je cerveau ... Le,; passions sont mortes en moi. VALJN-.Tu souITres, te dis-je... Pourquoi te refuser à un conseil, à une consolation? M1c11EL-. Je ne te comprends pas ... Mes grandes souffrances, puisque tu veux les connaitre, sont purement c6rébrales ... Ainsi, quand je n'ai pas trouvé dans les tas de documents que je ramasse, la confirmation d'une hypothèse longtemps caressée ... Alors, il me vient quelquefois la pensée malhonnête de tronquer des textes, d'oublier des faits et d'affirmer quand même ce dont je ne suis pas certain ... (riant.) Voilà mes petites douleurs et mes grands combats ... Et dire qu'il n'en fout pas plus pour vous donner l'air d'un martyr! VALIN.- Soit. Tu ne veux rien me dire ... C'est vrai, nous avons passé l'âge des confidences ... Et puis ce n'est plus la coutume. Comment, toi, un esprit émancipé, toi mon <>.mlie plus proche ... - Pascal n'a été que ton ami de jeunesse ... -:\loi qui pourrais comprendre, conseiller ... :\Ioi qui te conlic tout, je ne saurai rien de toi ... Je te verrai agoniser sous mes yeux, et je n'aurai pas le droit ... Laissemoi parler ... S'il y avait une glace ici, tu serais épouvanté ... Dismoi donc si c'est le travail qui t'a blanchi les cheveux en six mois! ... Et il faut que je me taise! On est de son siècle, de cc siècle où l'on soufTrcmort et passion le sourire aux lévrcs, où l'on se laisse dévorer les tripes par le renard plutôt que d'appeler au secours. Un siècle où les bons jouent l'indifférence, et les indiITérents la rosserie. Nom de Dieu ! je ne sais pas s'il ne faut pas préférer les sensibles d'il y a cent ans qui pour un oui, pour un non vous étalaient leur cœur sur la table! ... On était souvent dupe, mais du moins nul ami ne restait - sans secours ... Je sais de quoi tu souffres. MICnEL.- Ah! ... (un silence.) Eh bien, tu vois par toi-même qu'il n'y a pas de remède. VALIN.-- Ce n'est pas mon avis. M,cnEL. - Pas de remède, te dis-je ... Et puisque tu as voulu ... rends-moi un service ... Dis-moi, en toute sincérité ... - Je veux savoir combien il me reste de temps pour prendre une résolution ... - Dis-moi : La calomnie ne la salit pas, n'est-ce pas? VALIN.- Non. M1cHEL-. Sur ton honneur, tu me dis la vérité? VALIN.- Sur mon honneur. MICHEL-. D'ailleurs, il agit très loyalement... Il est parti ... Tiens, parlons de tout cela, à cœur ouvert ... (Essayant de sourfre.) Mais parlons-en d'une manière objective, comme d'un cas intéressant de pathologie morale ...
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==